« Nous n'accepterons pas que le Sénat soit l'otage du PS pour voter la constitution". Cette « petite phrase » de l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, prononcée lundi sur le talk-show Orange-Le Figaro, illustre à merveille ce qu’il y a de plus faux-cul, sinon de plus abject, chez certains de nos politicards. Ces « professionnels » de la politique qui ont fait de la chose publique « l’otage » de leur carrière.
Car que laisse à penser l’élu du Poitou qui n’est naturellement pas un demeuré ? Que le PS, au nom de vilaines arrières pensés, prend en « otage » la Haute assemblée pour refuser la réforme constitutionnelle, naturellement bonne par nature. Mais qu’omet de dire Raffarin ?
Un, qu’aucune des demandes politiques du PS -et de toute l’opposition- pour voter à l’unisson la réforme constitutionnelle n’a été retenue par le pouvoir et l’UMP dont le Sieur du Poitou est le vice président. La prise en compte du temps de parole du président de la République dans le calcul général des temps de paroles médiatiques, Allez vous faire foutre ! La remise en cause de la liberté d’amendements des lois ? Allez-vous faire voir ! La prise de parole du président devant le congrès sans remise en cause du droit de dissolution ? Allez-vous faire mettre ! La justement « réforme du Senat », chambre inique au scrutin indirect et anti démocratique ne représentant plus grand-chose sinon plus grand monde, hormis quelques potentats locaux ne représentants plus qu’eux même au nom d’un « fromage politique » en dehors du temps. Allez-vous faire empapaouter ! On en passe et des meilleurs. Rien. Quedal. Signez là ! Dites merci à Icelui ! Et prenez la vaseline !
Alors la réforme du Sénat ? Mais qu’est-ce qu’un sénateur aujourd’hui ? Pour l’essentiel, un type élu, non par le peuple, mais par un collège de maires et de conseillers généraux, partant du principe qu’un sénateur est élu pour 9 ans, que le Sénat est élu par « tiers » et donc qu’un sénateur élu deux fois de suite fait une carrière tranquille de 18 ans sans aucune remise en cause démocratique avec des avantages sociaux et des émoluments dignes d’une république bananière ! Pour le reste , les dits sénateurs, pour préserver leurs privilèges, nous font un grand baratin sur les avantages du « bicamérisme », la grande sagesse de la deuxième chambre, le travail distanciée de leurs commissions, patati patata, oubliant toujours de rappeler que la chambre en question ne correspond plus en rien à la réalité socio-politique de la France d’aujourd’hui, que par le jeu du fameux « tiers » électoral, la droite y est majoritaire depuis 1958, que jamais la gauche, victorieuse ou pas à toutes les élections locales et régionales, ne pourra contrôler la Haute Assemblée, et que la Chambre en question sert enfin de parachutes dorée à nombre de députés battus et de ministres en rupture de banc.
Il a y toujours des exceptions qui confirment la règle -on pensera ici à Robert Badinter- mais globalement le Sénat est une chambre politiquement surréaliste. Sociologiquement à l’image d’une France rurale des années 50 qui n’existe plus. Economiquement à des années lumières du pays. Culturellement, au niveau de l’ORTF de Léon Zitrone. Point.
Que le PS souhaite réformer cette bizarrerie politique de la Ve République -comme le général de Gaulle l’avait souhaité dés 1969 pour en faire une France représentative des régions et des forces vives du pays - ne vient pas à l’esprit du bon docteur Raffarien. Et pour cause.
Car -deux- qu’omet de dire le cardinal-archevêque Raffarin ? Tout simplement qu’il brigue… la présidence du dit Sénat ! La succession de Christian Poncelet, l’actuel vieux rombier qui préside aux destinées de cette chambre de vieux rombiers, le citoyen Poncelet, deuxième personnage de l’Etat d’après la constitution, mais deuxième personnage aussi sous le coup d’une enquête judiciaire pour trafic d’influence fort peu médiatisée.
Autrement dit, derrière ses belles paroles prononcées avec force menton et mise du doigt dans le pot de miel, Jean-Pierre Raffarin, l’homme des dernières chinoiseries cire pompes, défend son beefsteak ! Et la suite de sa carrière. Au nom de quoi ? D’un des plus beaux appartements-logement de fonction de la République. D’un fauteuil à plusieurs milliers d’euros mensuels, plus les avantages fiscaux et en nature afférant. Le reste est enculage de mouches.
Alors qu’est-ce que la réforme constitutionnelle et le PS ont à voir là dedans hormis la gestion de ses propres intérêts forts bien calculés ? Rien. Zoby. Pisse-montagne. En fait, sa déclaration relève d’un bottage en touche, d’un leurre politique, d’une dose de phénergan.
Mais comme disait déjà Tartuffe : « le scandale du monde n’est pas ce qui fait l’offense, et ce n’est point pécher que pécher en silence ». Surtout quand le monde médiatique, fort de son absence d’esprit critique, accompagne le dit sénateur, au bel embonpoint politique, en la gestion goulue de ses privilèges anachroniques.
