
Après son joli coup de menton sur la « réforme nécessaire » de la fonction publique, qui suppose donc « que chacun d'entre nous accepte (sic) qu'il y ait moins de services, moins de personnel, moins d'Etat sur son territoire», le Premier ministre Fillon a donc une nouvelle fois frappé, ce vendredi, en indiquant qu’il irait « jusqu’au bout » de la redistribution de la carte judiciaire. Là, c’est la goutte ! Car si la réforme de l’Etat n’est, in fine, contesté par personne, la méthodologie qui consiste, sans négociation préalable, à fermer d’abord le robinet des subventions et des budgets, à tailler à la serpe dans les ministères et les personnels, à externaliser moult services, en renvoyant aux calendes grecques toute réflexion sur son rôle et ses attributions dans une république moderne, est tout simplement absurde. Et facteur de tensions inévitables qu’il sera fort peu malin de dénoncer par la suite en prenant prétexte d’une légitimité politique qui ne légitime en rien l’absence de tout dialogue social.
parlementaire sur la rénovation de la Justice ?
La soi disant réforme de la carte judiciaire est du même acabit. Elle relève d’une gestion purement et simplement comptable de l’institution, induit une conception libérale caricaturale de la gestion de l’Etat, et fait plus grave, balaye d’un revers de main, si tant est qu’elle ne les enterre définitivement, les propositions, pourtant quasi consensuelles, qu’avait faite la commission parlementaire après le scandale d’Outreau.
Au lieu de réformer la justice sur le fond, de repenser une partie de ces procédures, de s’atteler à une simplification du code pénal, de moderniser les tribunaux, de sortir les greffes de leur état de misère, d’imaginer une politique pénitentiaire digne du XXIe siècle, de sortir définitivement la justice de sa dépendance du pouvoir exécutif, de donner un bon coup de balais dans les tribunaux de commerce, j’en passe et des meilleurs, qu’est-ce qu’on fait ? On amuse la galerie. On pose des leurres sur fond d’économies budgétaires et d’aménagements bidons du territoire. On met les élus devant le fait accompli et on fait un bras d’honneur aux syndicats d’avocats et de magistrats en prenant le bon peuple à témoin sous un déluge de doctes discours. Ou d’insipides et martiaux boni mensonges.
Mais qu’en pensera le justiciable quand il devra faire 50 ou 100 bornes pour répondre à une éventuelle convocation de justice ? Obtenir des papiers ? Ou simplement faire mettre des tampons sur des dossiers ? Sans compter toutes les communes, qui devront tirer une croix sur leur juridictions sans qu’on leur aient laissé le temps de se retourner, et qui verront des dizaines de magistrats, d’avocats et des personnels administratifs qui payaient des impôts, faisaient vivre les commerces et les écoles fichent le camp ailleurs avec leurs familles pour leur seul préjudice !
Tout cela, au prétexte encore de la « réforme », est mal ficelé, brouillon, fait sans aucune réflexion d’aménagement pertinent du territoire et dans le manque total de transparence. Les maires et les citoyens n’ont qu’à mettre le doigt sur la couture du pantalon. Et s’extasier devant la réformite gesticulatoire.
Croit-on vraiment en haut lieu que la justice sera mieux rendue quand tous les dossiers des cinq tribunaux du Nord, rayés de la carte par Madame Dati avec l’appui de François Fillon, auront été transférés à Lille ? C’est se foutre du monde.
La réforme de la justice et des libertés publiques aujourd’hui mises à mal aurait gagné à moins de précipitation. Et plus d’intelligence citoyenne. Mais le Château s’en fou, Matignon s’en tape. Et le pouvoir détricote consciencieusement les services publics au nom d’une impulsion européenne qu’il n’ose contester et d’une idéologie néo conservatrice qu’il n’ose revendiquer.
Le reste est littérature.







