« Les fonctionnaires de police ne peuvent pas arrêter sur le délit de sale gueule. Pour effectuer un contrôle, il faut qu’il y ait une infraction caractérisée à la base. On ne peut pas faire tout et n’importe quoi (…) On peut (…) se poser la question sur la manière dont on fixe le nombre d’expulsions. Comment arrive-t-on à un chiffre pour la Corse-du-Sud ou pour la Seine-Saint-Denis ? Si on suit cette logique du chiffre, il faut donner des moyens aux policiers pour cette mission. La lutte contre l’immigration irrégulière a été érigée comme priorité. Mais on oublie d’autres dossiers urgents : la répression contre les violences physiques ou le combat contre les trafics de drogues ».
On ajoutera à ce témoignage plusieurs choses. Il y a quelques années, le « malaise de la police » avait touché une grande partie de l’opinion et les syndicats de police, pour la majorité d’entre eux, avaient réussi à redorer leur blason en rappelant aux citoyens de ce pays que leur métier à risque relevait aussi d’une mission républicaine.
La multiplication des contrôles de police au faciès, en particulier à l’égard des jeunes français d’origine maghrébine ou africaine, l’actuelle politique de quotas pour « dénicher » jusque devant les préaux les « étrangers » en situation irrégulière, la façon souvent violente dont sont, de fait, appréhendé les « sans papiers », sans parler de la tenue d’un discours sécuritaire d’un autre âge, au prétexte de la tenue d’engagements politiques démagogiques, réduit à néant le travail d’explication conduit, à l’époque, par les dits syndicats de police.
L’absence d’une politique européenne
On ajoutera, pour rappel, que la plupart des politiques dites de quotas, comme celle par exemple menée au Canada, n’ont en rien fait preuve de leur pertinence. On ajoutera également que contrairement aux propos simplistes du ministre Hortefeux -en gros, on dégage les étrangers en situation irrégulière et on aide les étrangers en situation régulière- la réalité de l’immigration, dite clandestine, est autrement plus complexe et mériterait une approche plus intelligente. Quel rapport entre un sans papier roumain ou bulgare, aujourd’hui citoyen européen, un jeune malien ou un pakistanais dont l’administration est quasi injoignable ? Aucun.

En réalité, mais ce n’est pas très politiquement correct de le dire ainsi, seule la majorité « des noirs et des arabes » sans papiers ont de bonnes chances d’être virés du territoire national.On ajoutera enfin que cette politique, qui mobilise des milliers de fonctionnaires de police sur des missions qui rappellent d’autres temps, est de toutes façons vouée à l’échec fort de l’absence d’une politique européenne globale de l’immigration. Or ni la France, ni l’Allemagne, ni la Grande Bretagne, ni l’Espagne ou l’Italie ne sont sur la même longueur d’onde en cette affaire, ni d’ailleurs sur les moyens du « co-développement » dont on nous rebat les oreilles.
En bref, nos ministres peuvent toujours faire des rodomontades à la télévision pour amuser la galerie et le bon peuple, la réalité est que cette politique migratoire est comme le Mistral : ça souffle fort, mais c’est du vent.
L’économie souterraine continue de prospérer
Il est en tout cas dommageable que tous ces moyens -il serait d’ailleurs intéressant de « chiffrer » le coût de cette politique- ne soient utilisés, finalement, que pour communiquer envers un électorat frontiste et conservateur dont le gouvernement risque d’être prisonnier. Et les policiers, les otages.
Pour le reste, les violences contre les personnes sont toujours à la hausse, les phénomènes de « bandes » s’étendent aux centres villes, les mafias de l’Est et nigérianes tissent toujours leur toile de la prostitution à l’immobilier, certaines cités relèvent toujours de « zones de non droit » et l’économie souterraine, dont on nous a, aussi un temps, rebattu les oreilles, continue de prospérer sur fond de trafic de drogues et de luttes de territoires. Sans parler, du risque, toujours prégnant, de communautarisme larvé qui lézarde notre modèle républicain. Ou ce qui en reste.
Mais cette bataille là est autrement plus compliquée à mener.
Et moins payantes à expliquer aux électeurs sur les plateaux de télévision que la réforme des régimes spéciaux qui ne concernent que 500 000 pékins.







