Soit plus de 15% de plus pour la Société Générale, 22,84% de plus pour le Crédit Agricole, 13,80% de plus pour la BNP, 11, 87% de plus pour le groupe AGF, 11, 29% de plus pour AXA, les banques et les compagnies d’assurance ne sont pas prêtes d’être dans le rouge.
Bouygues non plus avec plus d’un milliard d’euros de profit. Et pas question de verser une larme pour Arcelor Mittal -vous savez la boite qu’on a fourgué à l’Indien qui vit à Londres. Le beau joujou de l’acier a fait près de 6 milliards de bénéfice en 2006. Ne pleurons pas non plus pour Sanofi (6,8 MME) ou Gaz de France dont on peut comprendre que le bonus de plus de 28%, soit plus de 2.3 MME, excite quelques convoitises. Pas de larmoyance non plus pour EDF qui baigne dans le jus avec plus de 3.8 MME de bénéfice. Même France Telecom qui affiche -pleurons…- une perte de plus de 17% par rapport à 2005 finit quand même sur le fil avec un bénéfice de plus de…4.5 MME ! Arrêtons là. La somme de ces milliards fait trembloter mon cerveau.
Ces profits dont on pourrait après tout se réjouir dans la mesure où ils traduisent la bonne santé des entreprises reflètent surtout l’exceptionnelle santé de l’économie mondiale. Avec ce paradoxe : jamais, comme le soulignait en janvier un rapport de l’OCDE, l’économie du monde n’a été aussi florissante. Et jamais le monde n’a produit autant de pauvres, de sans voix, de salariés ne pouvant joindre les deux bouts, de misère, de précarité. Où est le lézard ?
La croissance mondiale -pas celle de la France- est toujours à la hausse. Mais globalement pas celle des emplois. Hormis les emplois esclavagistes chinois ou les millions de petits boulots indiens ou nigérians. Les grandes multinationales font de plus en plus de blé à ne plus savoir qu’en faire mais les peuples tirent toujours le diable par la queue ! Et le déficit américain relève d’un gouffre sans fond tenu à bout de bras par les banques chinoises ! Quid de cette folie ? Quel sens à cette économie ?
La croissance doit parait-il créer des emplois. Mais voila plus de trente ans qu’on nous serine la même rengaine. « Les investissements d’aujourd’hui seront les emplois de demain » nous disaient déjà feu le CNPF -l’ancêtre du MEDEF- dans les années 80. On attend toujours…
Dans nombre de quartiers, des petits magasins disparaissent, des cafés ferment leurs portes. Qui prend la place ? Des banques, des compagnies d’assurance, des antiquaires… Dans nombre de campagnes, de zones rurales, le désert sur fond de jachère imposée par Bruxelles remplace les champs cultivés, transformant des milliers d’agriculteurs en assistés de l’Europe néolibérale qui ne pensent plus l’agriculture qu’en termes de « marchés » et les fermes en termes d’entreprise sinon de « firmes » à l’image des céréaliers de la Beauce à qui elle refile toujours 80% des subventions ! L’image est à peine caricaturale.
A qui profite tout ce pognon ? A qui profite cette misère source d’explosions sociales, ces délabrements, source de révoltes ? Aux services publics dont on fait sous traiter de plus en plus certains « services » par des boites privées ? A un nouvel aménagement du territoire ? Aux banlieues qui mériteraient un vrai plan Marshall digne de ce nom ? A qui ?
« Travailler plus pour gagner plus » qu’il dit l’Autre. Mais qui sinon des centaines de millions de petites mains permettent aux multinationales d’engranger ces profits d’ailleurs sans grand risques fiscaux puisque la plupart de ces boites peuvent faire transiter une grande partie de leur pognon par informatique en quelques secondes ? Quel patron ne jouera pas à fond les heures supplémentaires pour quelques billets de plus qui le dédouanera de créer de nouveaux emplois ? Pourquoi ces immenses bénéfices ne sont-ils pas taxés pour permettre d’abaisser les charges de milliers de PME ? Pourquoi la baisse des charges se ferait-elle toujours au détriment de la protection sociale ? Du bien public ?
« Vous voulez faire couler une de nos rares multinationale » s’est lamenté hier mardi Pierre Lellouche, le député UMP du IX e arrondissement à propos de Total (plus de 12 milliards d'euros de bénéfice!) et de sa responsabilité dans l’affaire de l’Erika ! La belle affaire ! Comme si cette qualité devait induire par nature l’absence totale de responsabilité citoyenne. Légitimer le non respect du droit. La jungle. Le traitement « en bref », comme ce fut scandaleusement le cas mardi soir dans le journal de Pujadas sur France 2, du procès du pollueur de la Bretagne à plus de 20h 20 !
Citoyens, il y a des moments où je me dis que l’on est vraiment dans un monde de dingues !
Décembre 1999... Pas de commentaire...
PS : Alcatel-Lucent a donc décidé de supprimer 1.500 emplois, pour l'essentiel en région parisienne. "Un véritable séisme social", selon les syndicats. Pour les actionnaires, pas de probleme: Alcatel a fait plus de 522 millions d'euros de bénéfice net en 2006. Le double selon selon certaines sources citées par le Parisien de mercredi... Confidence sous le sceau de l'anonymat d'un cadre supérieur d'Alcatel à votre serviteur : "la boite a fait moins de profit que l'an passé. Pour atteindre les objectifs financiers assignés l'an prochain au groupe, les salariés deviennent une variable de gestion". Sans commentaire.







