
J’étais donc plus ou moins tranquillement en train de reprendre mes marques -autrement dit en train de reprendre mon boulot après quelques jours en Cotentin- quand ma fille m’a dit : « Tu as vu le dernier numéro de Marianne, le portrait sur Sarko ? Tu devrais le lire, c’est inquiétant » ! J’ai donc lu. Et vous recommande de le lire. Puis de le reposer quelques instants, le temps de prendre un clope, un verre de scotch, de Morgon ou juste un bière. Puis de le relire. Parce qu’il est bien écrit. Et parce qu’il est terrifiant.
Onze pages nourries de faits, de réflexions, d’esprit critique, de rappels historiques, de déclarations faites par l’impétrant. Onze pages ciselées sans acrimonie, sans violence verbales ou stylistiques, onze pages presque distanciées, graves, manifestement « informées », onze pages qui narrent, racontent, rappellent ce que nombre de journalistes qui suivent le candidat n’osent dire, ce que nombre de « proches » ne peuvent pas ou plus dire, ce que nombre de relations ou d’affidés ne peuvent susurrer, ce que nombre de ceux qui le connaissent, le côtoient, le « pratiquent » ou simplement le croisent ne peuvent ou n’osent révéler. Parce qu’ils ont la trouille. La lâcheté au ventre. Ou l’éthique en berne. Ou parce qu’ils s’en foutent.
En bref, Marianne décrit par le menu, j’allais dire, « dissèque », un homme politique d’une ambition hystérisée, maladive, cinglomaniaque, un personnage -au demeurant assez inculte- incapable d’écouter l’Autre, perçu d’abord comme un contradicteur. Un emmerdeur à flinguer. Ou un connard. Comme si, finalement, l’ancien patron du ministère de la police, faute de ne pouvoir exorciser un manque à vivre, sur lequel on ne se prononcera pas, ne pouvait plus mettre en scène que lui-même via le miroir narcissique des sondages. De la télévision à sa botte. Ou des medias à sa main. Comme un gamin qui a perdu son sac à billes. Mais quel destin collectif porte donc Nicolas Sarkozy hormis la jouissance effrénée du pouvoir et sa folle volonté de s’y prélasser, au nom d’une revanche indicible ou inavouable ?
Lisez le papier de Marianne. Il tombe à pic. Car ce qui est dit, à travers les lignes mais aussi d’explicite façon est dramatiquement simple : ce type, qui s’est un jour présenté comme « l’américain » en stigmatisant « l’arrogance française » et l’imbécillité d’un pays qui n’avait pas saisi la substantifique moelle de la politique bushienne en Irak, est tout simplement un foldingue à lier, un pêteur de plombs permanent, un type dangereux pour la démocratie, pire un fossoyeur de la République. A tout le moins de celle qui intègre l’égalité avec la liberté et la liberté avec la fraternité. Sans oubli du triptyque. Et de la morale politique qu’il implique.
Il y a d’ailleurs des signes qui ne trompent pas. Lundi, Nicolas Sarkozy est allé s’incliner sur la tombe du général de Gaulle. Comme la faux de la Mort sur l’esprit de résistance. Ou l’opportunisme de Tartuffe sur l’esprit de Jaurès. Personne n’a vomi d’indignation. Comme personne ne s’est indigné qu’un candidat à la présidence de la République puisse assimiler ses deux principaux adversaires -Ségolène Royal et François Bayrou en la circonstance- à des fraudeurs, des suppôts de la délinquance ou des irresponsables bolchéviques après les évènements de la Gare du Nord ! Ou que le même candidat, sans doute génétiquement programmé pour la chefitude reprenne sans barguigner les thèses lamentables d’Alexis Carrel.
Lisez le dernier numéro de Marianne, citoyens. S’il ne vous ouvre pas un peu plus les yeux, peut être vous fera t-il au moins réfléchir. Il sera trop tard après pour gloser sur « l’expérience tachtchérienne française » ou vous demander pourquoi vous avez porté César au pouvoir en croyant voter pour le fils putatif de Jacques Chirac ! Comme il vous sera trop tard pour connaître le patrimoine du seul candidat qui n’a toujours pas fait état du sien. Pourquoi ? Quels sont d’ailleurs ses réseaux ? Ses soutiens dans le vaste monde de la hight society du CAC 40 ? Lisez Marianne…







