Comme vous l’aurez peut-être noté, je ne me suis pas de suite exprimé sur la nouvelle guerre de Gaza. D’abord pour ne pas ajouter aux confusions. Ensuite parce que j’ai ressenti un sentiment de révolte, puis de dégoût, au regard de la disproportion d’une riposte militaire qui relève plus de la stratégie du marteau pilon contre des moustiques que d’un droit de suite défensif. Même légitime. Les centaines d’enfants palestiniens massacrés par les bombes de Tsahal n’auront guère eu le temps de deviser sur cette légitimité. Ni sur la disproportion d’un rapport de forces militaire qui aura fait fi pendant trois semaines des droits humains les plus élémentaires. Imagine-t-on, ne serait-ce qu'un instant, dans notre "douce France" ce que représente plus de 2 500 raids aériens sur un territoire de 35 km de long sur 10 km de large ? Près de 120 raids par jour !!
Qu’aurait-on dit des forces américaines en Afghanistan ou ailleurs si plusieurs hôpitaux et bâtiments de l’ONU avaient été détruits par des bombes ? Qu’auraient publié ici ou là certains de nos intellectuels bravaches si des ambulanciers, des médecins, des centaines de civils avaient été pris pour cibles par des soldats russes ou serbes en d’autres temps ou simplement empêchés de faire leur devoir ou leur travail parce que tirés comme des lapins par des soldats simplement sûrs de leur impunité ? Combiens de journaux seraient « monté au créneau » pour dénoncer une situation humanitaire inacceptable si l’armée turque ou russe avait bombardé des écoles, maintenu plus d’un million de civils sans eau, sans électricité, sans vivres. Faisant plus de 1 300 morts et plus de 5 500 blessés dont une majeure partie dans la population civile. Sans compter les cadavres que le "cessez-le-feu" fragile de ce week-end permettra aux sauveteurs de découvrir. C’est pourtant ce qu'il s’est passé à Gaza.
Sans doute, la folie meurtrière de cette tragédie indicible est-elle partagée par un Hamas dont personne ne conteste la stratégie provocatrice. L'illumination politique destructrice. Mais qui a crée le Hamas, qui l’a nourri, qui l'a soutenu sous le manteau pendant des lustres contre le Fatah ? Qu’est devenu le pouvoir de Tel Aviv et son armée sinon de fait une force d’occupation gérant à la force du fusil un peuple sans ressources et des dizaines de bantoustans sans espoirs à force d’avoir colonisé des milliers d’hectares, détruits toutes les infrastructures, maintenu un blocus ? Qui avait déjà réduit à néant l’OLP ?
S’indigner aujourd’hui des manifestations de colère, sinon de haine, que ce nouveau conflit provoque de Paris à Marseille relève ou de la candeur hypocrite ou de l’aveuglement. En particulier parce que la France abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe, et la plus importante communauté juive. On voudrait faire sauter les derniers verrous républicains en ce pays qu’on ne s‘y serait pas pris autrement. On aurait voulu de nouveau alimenter l’incompréhension, l’intolérance, l’intégrisme qu’on n’aurait pas mieux fait. Pour le plus grand plaisir, en passant, de la droite la plus extrême. On aurait voulu faire basculer une communauté musulmane, pourtant attachée dans son immense majorité à la République, à la laïcité, à une lecture apaisée du Coran, qu’on n’aurait pas mieux visé. Et juste avant des élections ! Et juste avant la prise fonction du nouveau président américain !
Quand le gouvernement israélien, le peuple israélien, Israël, comprendront-ils qu’ils ne peuvent plus s’affranchir des lois internationales, des résolutions de l’ONU ? Qu’il y va de la crédibilité de leur « démocratie », de sa survie. Quand Tel Aviv sera à même de comprendre que la critique d’une politique ne relève en rien d’un antisémitisme qu’il devient par trop commode d’agiter pour se dédouaner d’une responsabilité collective ? En quoi d’ailleurs la judéité doit-elle faire office de doctrine ou de soutien politique incontestable ? De lecture historique des événements ? Voila à quoi mène le primat du religieux. Combien de générations seront-elles maintenant construites sur la haine en terre de Palestine ?
Il y a des moments où je me demande si la foi talmudique ne porte pas en elle je ne sais quelle folie suicidaire. Comme le miroir d’une autre folie coranique. A une différence près. Qui se prévaut officiellement du respect des droits de l’Homme et de la démocratie ? Certes point le Hamas. Mais qui va ressortir aujourd’hui renforcé de la terre brulée de Gaza ?UNE AUTRE "LECTURE" ISRAELIENNE...
"Crimes de guerre", "carnage", "humiliations"... Les commentaires, sinon les éclairages engagés sur la « guerre de Gaza », ne relèvent pas toujours en Israël de l’unanimisme, comme pourrait le faire croire la lecture de la presse française. Ou les images de la télévision. En témoigne cet article très dur -et très courageux pour qui le signe- du journaliste israélien Gidéon Lévy, journaliste au journal Ha’Aretz, à Tel-Aviv en date de cette semaine.
« On ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre. Ce qui se passe à Gaza n’est pas une catastrophe naturelle qui nous donnerait le devoir et le droit de tendre la main aux victimes, d’envoyer des équipes de secours. Les catastrophes qui sont en train de s’abattre sur Gaza ne sont pas l’œuvre du diable, mais celle de l’homme, notre œuvre. Ce n’est pas avec du sang sur les mains que l’on peut s’offrir de l’aide. Pourtant, certains demandent le beurre et l’argent du beurre. Tuer et détruire de façon indiscriminée, mais en sortir ensuite comme le gentil de l’histoire et la conscience tranquille. Se lancer dans des crimes de guerre, mais en sortir ensuite sans le moindre sentiment de culpabilité. Cette demande est indécente. Quiconque justifie cette guerre doit en assumer tous les crimes. Quiconque prêche cette guerre et légitime le carnage de masse qu’elle a provoqué n’a aucunement le droit de parler de moralité et d’humanité. Il n’est pas possible de tuer et de soigner à la fois. Cette attitude est pourtant la représentation fidèle de cette dualité israélienne si caractéristique : commettre le pire, mais se sentir propre. Tuer, démolir, affamer, emprisonner et humilier, mais se sentir juste, voire vertueux. Il n’est pas possible de laisser les prêcheurs de guerre se payer un tel luxe. Quiconque justifie cette guerre en justifie aussi les crimes».







