Je vais vous dire un truc : ne vous cassez pas la gueule à Poissy. Un petit bobo à la limite, et juste si vous avez du temps à perdre pour deviser sur l'humaine condition. Bref, hier mon cadet de fiston s'est pris un étrier sur la paluche. Vous savez, cet espèce de pièce de métal qui tient en partie les freins d'une bagnole. Je ne rentre pas dans les détails, je n'y connais rien. C'est mon fils qui m'a dit ça. Il est mécanicien. Rebref, il s'est pris ce truc sur la main et les pompiers, appelés pour la circonstance par son boss vu que c'était un accident du travail, l'ont transporté aux urgences à l'hôpital de Poissy. Bon. Jusque là, RAS. Enfin par pour le fiston puisque lui il avait quand même mal à sa paluche...
"Allo, ici le commissariat, je vous appelle
à propos de votre fils..."
Vers 15h30 donc, coup de téléphone chez moi. "Allo, ici le brigadier Machin du commissariat de Poissy, je vous appelle à propos de votre fils". Pardon ?? Vous imaginez ma tête. Un brigadier qui me téléphone chez moi "à propos de mon fils". En un quart de seconde, vous avez tous les malheurs de la Terre qui défilent dans votre tête. Il a eu un accident de bagnole ? Il a fumé un joint ? Il a cassé la gueule à son patron ? Je vous repasse, là encore les détails, mais quand vous êtes fûmeur comme moi vous cherchez rapido votre paquet de clopes. "Heu, oui, il se passe quoi ??...". "Je vous rassure (sic), il a juste eu un accident de travail, je crois que ce n'est pas grave, les pompiers m'ont prévenu et votre fils a demandé qu'on vous appelle pour aller le chercher". Ouf ! Evidemment à la deuxième seconde, j'ai remercié le brigadier, et j'ai tiré sur ma clope. "Mais attendez là, pourquoi c'est le commissariat qui m'appelle ?". "Ah ben, c'est la procédure, hein, il va falloir que j'entende votre fils aussi, savoir s'il veut porter plainte, vérifier que les conditions de sécurité ont bien été respectées par l'employeur". Ah... Mais l'inspection du travail, elle sert à quoi là ? Je ne me suis pas apensantis. J'ai remercié le brigadier qui avait fait son boulot derechef et j'ai fonçé vers l'hôpital.à propos de votre fils..."
"Juste du pâracétamol ??"
QUATRE HEURES on a attendu avec mon fiston! Quatre heures en restant comme des benêts, assis dans des fauteuils en fer à trous avec tout le monde en train de se regarder en chiens de faïences sans moufter. Quatre heures sans aucune information. Sans un petit mot, à peine un sourire. Quatre heures à zieuter des infirmières, enfin des dames avec des blouses blanches, qui remplissaient des papiers, tapotaient sur des écrans ou devisaient entre elles comme si le troupeau alentours -enfin je veux dire les patients ou les gens- était inexistant. Alors par contre sur les murs, by jove ! Un petit écran en incrustation pour vous indiquer en continu " 16 patients en soins"... "17 personnes en attente"... "16 patients en soins"..."17 personnes en attente"... Ah bon. Et puis une télé , branchée sur Euronews avec les manifestations étudiantes en boucle mais sans le son ! Je passe sur les affiches sur "la Charte qualité de l'hôpital" ou " les droits du patients". Un monde virtuel qui doit satisfaire la direction de l'hosto. Puis tout à coup, paf, Bernadette Soubirou ! Une blouse blanche qui vous appelle enfin. Youpie ? Quedal. Rebelotte ! Une demi heure à attendre le toubib dans une salle d'examen. Avec le fiston qui avait toujours mal à sa paluche. Vient enfin le nirvana. LE TOUBIB ! "Bonjour Monsieur, alors vous avez quoi ? Ah oui... Bon... Et bien faut une radio, là". Et c'est reparti. Couloir, escalier, couloir... Et dans l'autre sens : couloir, escalier, couloir... Et RE toubib. "Alors, fracture? Pas fracture ?" "Non, je ne vois rien". Ah, "il" ne "voit rien". "Juste un traumatisme ?" on demande en s'excusant de parler. " C'est ça, un traumatisme". "Et on fait quoi? " " Rien, paracétamol... " "Paracétamol ?? Juste du paracétamol... ". "Paracetamol, oui... Et cinq jours d'arrêt de travail, il faudra voir votre médecin traitant lundi". Là, avec le fiston, qui avaittout à coup le regard mauvais du gars qui a envie de baffer même avec une main traumatisée, on s'est regardé deux secondes z'yeux dans z'yeux... En regardant notre montre. Plus de QUATRE HEURES D'ATTENTE pour du paracétamol! Vous voulez que je vous dise un truc ?
L'hôpital public est mal barré...







