Donc tout le monde s’attend dimanche soir à une ou à des « surprises ». Elles auront lieu. Comme elles ont eu lieu… à chaque élection présidentielle, bousculant en passant la plupart des prévisions des instituts de sondage. Petit rappel des choses pour baliser la route.
- En 1981, tous les instituts donnaient Georges Marchais, le candidat du PCF juste derrière François Mitterrand avec un score autour de 20 à 22%. Le 26 avril au soir, le candidat communiste obtient 15,3% et François Mitterrand près de 26% des suffrages ! Le pari du leader du PS est gagné, le PCF n’est plus q’une force d’appoint. Elle déclinera à chaque élection. Drôles de sondeurs.
- En 1988, c’est Jacques Chirac qui prend un coup de massue. Le président du RPR visait les 25%, la Sofres le créditait de plus de 23% à quelques jours du premier tour. Il ne franchit même pas la barre des 20% ! Pire, François Mitterrand auquel plusieurs instituts prédisaient une victoire très difficile obtient 35% des voix au soir du premier tour ! Et se fait réélire quinze jours plus tard encore plus confortablement qu’en 1981…Vacherie de sondages.
- En 1995 nouvelle douche froide. Lionel Jospin dont tous les instituts prévoyaient la Berezina arrive en première position avec plus de 23% des suffrages contre 20% à Chirac et surtout 18, 6 % à Edouard Balladur que les sondeurs portaient au zénith depuis prés de quatre mois. A la trappe Balladur et victoire sur le fil de Chirac qui perdra ensuite les législatives de 1997 contre tous les pronostics. Saloperie de sondages !
- En 2002, rappelez vous. Au PS, pas grand monde ne voit venir la cata. Sur de son bilan, Lionel Jospin fait une campagne de deuxième tour en oubliant de rassembler son camp au premier. Au siège du PS, arrivent pourtant sur fond de malaise policier et d’insécurité instrumentalisée comme jamais par les medias, des bruissements de malaise dans les banlieues (déjà), d’insatisfaction populaire, de décalage entre « la France d’en bas et celle d’en haut » comme le dira plus tard Raffarien. Rien n’y fait. Et c’est le séisme du 21 avril avec Le Pen en deuxième positon. Et Jospin aux oubliettes contre toutes les études publiés depuis deux mois. Putasserie de sondages !
Alors dimanche ? Et bien on verra. Comme on verra sans doute tous les dits instituts nous refaire les mêmes contorsions pour nous expliquer qu’on avait pas « bien saisi leurs chiffres », que c’étaient « juste des photographies », des « instantanés », etc. La tartuferie habituelle.
Rappelons toutefois quelques évidences simples : à trois jours du scrutin, personne ne mesure sérieusement la « percée » du Béarnais. Personne n’a non plus de chiffres fiables sur l’éventuel nouveau hold-up de Le Pen. Et là, soyons clair, ce nouveau séisme est tout fait possible avec même une envolée à plus de 20%, non selon seulement selon certains instituts mais selon les dires et les écrits de plusieurs sociologues très inquiets du désarroi de nombreux français. Et des ravages de notre société libérale dans de nombreuses couches de la société française bien au-delà des « banlieues ».
Alors Sarko ? Tous les analystes sérieux ne croient pas une seconde aux 28 à 30, voire 35% annoncés un temps par les instituts. Son chiffre sera de ce point de vue une « surprise ». Et pointera du doigt l’entreprise de manipulation sondagite qui a caractérisé une bonne partie des medias depuis six mois.
Reste La Zapatera. Réussira-t-elle a ramener dans le bercail une partie des électeurs socialistes tentés par le vote Bayrou ? L’impact de ses débats participatifs sera-t-il plus important que les observateurs l’ont appréhendé ? Quel sera le vote des nouveaux électeurs ? L’influence de la blogosphère majoritairement « bayrouiste » ? Le « vote utile » fonctionnera-t-il devant l’urne ? Mystère et boule de gomme.
Rappelons enfin une dernière chose : le 22 avril est d’abord un vote de premier tour, donc un vote qualificatif pour le second. Le reste est nouvelles bulles dans un coca. Et affaire de conscience citoyenne.
PS : comme un certain nombre d’internautes, j’aurais sans doute les résultats, du moins les fourchettes, vers 18h30. Je ne les mettrai pas en ligne. Question d’éthique. Et de civisme. Des citoyens ont jusqu’à 20h pour voter en leur âme et conscience..







