Il fallait sans nulle doute réformer la Fonction publique. Et la gauche, faute de ne l’avoir fait en son temps, porte une part importante de responsabilité en cette affaire. Mais le soit disant « pacte » proposé mardi par le président de la République ne relève en rien de cette nécessité. Le sens des mesures annoncées -la mise au panier, à terme, du principe des concours, la gestion par « objectifs », les salaires au mérite, le doublonnage du statut par des contrats de droits privés, j’en passe et des meilleures- relève purement et simplement d’une explosion, à terme, de la fonction publique républicaine, voire d’une privatisation rampante des services de l’Etat.
Et je ne parle pas de l’escroquerie politique qui consiste à justifier cette « réforme » par la nécessité de désendetter l’Etat après les cadeaux fiscaux distribué le mois dernier, cadeaux qui vont eux mêmes contribuer à l’explosion de sa dette pour près de 15 milliars en 2008! Derrière cette modernité serinée comme un leitmotiv par un chef d’Etat fort de sa toute puissance se profile en réalité des lendemains qui déchanteront. Avec le risque d’une crise thatchérienne que le patron de l’Elysée entend assumer au nom de sa légitimité. On verra dans les mois qui viennent ce qu’il adviendra de tout cela.

Il reste qu’après le dit « paquet fiscal », les velléités de refonder l’assurance maladie via un système d’assurance personnelle, la mise définitive au placard des 35h ou la volonté affichée de substituer dans les entreprises le « contrat » au « droit du travail», on devine maintenant plus clairement les contours de la politique néolibérale qui est en train de se mettre en place en France. Au principe d’égalité et de solidarité collective qui, bon an mal an, faisait encore référence et assurait un minimum de lien social, va se substituer, au fil des mois, celui de la seule liberté individuelle, du gré à gré et du chacun pour soi en fonction de ses mérites supposés et de la loi de la jungle entrepreneuriale dont, de toutes façons, les puissants, les banquiers et les hommes de pouvoir tireront les ficelles.
Le nouveau président qui a commencé son mandat au Fouquet’s pour le poursuivre sur un yatch joue en tout cas avec le feu de l’Histoire dont il ne perçoit, homme de communication et non de culture qu’il est, manifestement ni le tragique ni le poids. On ne bouscule pas impunément un pays en lui annonçant tous les matins qu’il faut reprendre la truelle ou que la maison commune, même lézardée, n’est qu’une masure sans charme ni solidité.
Je passe sur ce qui construit une mémoire, un ciment collectif, un destin. Quel destin commun propose aujourd’hui le petit père de la nation ? De trimer plus ? De gagner plus de blé ? De permettre aux plus riches de réinjecter leurs profits dans la bourse commune ? Ils s’en tapent !
Qui peut penser sérieusement, hormis des gens privilégies ou des hommes publics déconnectés des réalités sociales, que cette politique là profitera au plus grand nombre, aux smicards, aux millions de salariés qui lorgnent chaque mois sur leurs moins de 1500 euros pour les mieux lotis ? Que veut dire cette frénésie de réforme du financement des retraites quand la France a le plus fort taux occidental de seniors au chômage et le plus fort taux européen de jeunes diplômés en mal d’emplois ? Quel est ce monde de fou que d’autres fols dingues nous préparent ?

Alors le destin. La France depuis de Gaulle, on serait presque tenté de dire depuis Richelieu, en tout cas depuis sa révolution, avait une politique internationale singulière. La Ve République s’est construite autour d’une certaine idée de ce pays mais aussi d’une singularité assumée de non alignement, retrait du commandement intégré de l’OTAN et bonne bouffe comprise ! Or qu’est-il subrepticement en train de se passer, sinon un alignement de fait sur la politique américaine dont on sait que le pays fascine au plus haut point notre nouveau chef des armées ? Et personne ne moufte ?
Nicolas Sarkozy fait bras d’honneur sur bras d’honneur à l’Allemagne, et personne ne moufte ? Pire, qu’est-ce que cette nouvelle gesticulation à propos de l’Iran dont tous les spécialistes savent que Washington prépare le bombardement ? Avec le soutien militaire de Paris ? Il a peut –être, sans se renier ni baisser la garde, un autre horizon à proposer à Téhéran que les termes d’une négociation sur fond de guerre inévitable ?

Mais quel rapport, direz vous, avec le nouveau « contrat social » proposé aux Français, le pacte proposé aux fonctionnaires ? Quel rapport même avec la nouvelle politique migratoire ?
Mais tout se tient citoyens ! Si vous attirez des immigrés et que vous leur donnez du boulot, ça fait du pognon pour la sécu. Pas d’immigrés, moins de pognon. Et plus d’assurances pour se substituer à la sécu… Que personne ne se marre, j’ai entendu cet argument dans la bouche d’un haut fonctionnaire très docte. Et très sarkozien. Pour ces gens là, la France est une entreprise. Pas une nation dont ils n’ont que foutre au fond d’eux même. Pour eux c‘est dépassé. Comme l’Europe d’ailleurs qui n’est qu’une simple « zone » libre échangiste du nouveau marché mondial. D’ailleurs le Premier ministre, pour inexistant qu’il soit, ne s’est-il pas comparé lors de la tenue du premier conseil des ministres au « président d’un conseil d’administration » ? Terrifiant.
Comme est inimaginable qu’un néolibéral use du mot de république sans avoir ses zygomatiques en Tartufferie ou que Nicolas Sarkozy s’abrite derrière Rousseau pour user d’une terminologie -contrat social- qu’il travestit.
« L’homme est né libre, mais il est partout dans les fers » écrit le dit Rousseau au début de son fameux livre. Sans doute. Mais l’homme, qui a inspiré les premiers révolutionnaires et quelques républicains, serait surpris de constater que ceux qui nous parlent aujourd’hui de république au gouvernement et au sommet de l’Etat n’ont en bouche que le mot de liberté, oubliant les deux autres termes du triptyque : l’égalité et la fraternité.
Cet oubli, sinon cette absence notoire, est fort symbolique. C’est même tout ce qui fait la différence entre une simple démocratie à l’américaine et la République telle que Victor Hugo, Charles de Gaulle ou même François Mitterrand pouvaient la concevoir.
Les clous sont franchis.
PS : Un des premiers actes du gouvernement fut de ratifier en catimini le "protocole de Londres" qui engage chaque pays à présenter ses brevets en langue anglaise. Depuis des années, l'Allemagne mais aussi l'Italie et l'Espagne freinaient des quatre fers pour conserver - et pour que les pays européens conservent- le droit de rédiger leurs propres brevets dans leur langue, s'accordant ainsi une sorte de droit de regard privilégié sur toute éventuelle demande de rachat. Jacques Chirac avait toujours refusé de signer ce protocole. C'est aussi à ces petits gestes que l'atlantisme s'exprime...







