
Nicolas Sarkozy, mercredi soir, nous a donc offert une nouvelle fois en direct de son nouvel appartement le spectacle de son énergie. De son volontarisme et de sa propension à rendre simples toutes choses. Une interrogation au-delà des mesures annoncées qui ne surprendront que ceux qui veulent bien être surpris. Combien de temps ce curieux personnage va-t-il ainsi mettre en scène, avec une sorte de jouissance débordante, le spectacle de son agitation ? La concentration des caméras sur son auguste personne ? L’exaltation presque infantile d’une puissance autoproclamée ? Il avait là dans cette nouvelle exaltation d’un « moi » extravaguant je ne sais quoi d’inquiétant, de presque maladif à force de s’étaler sous les feux de la rampe. Nicolas Sarkozy qui a revendiqué le fait de ne point être « un intellectuel » mais un « homme pragmatique », ce qui en soi peut relever d’une vertu politique, a-t-il simplement le sens de la complexité ? De la symbolique des choses ?
Plus je vois cet singulier histrion dont les entourages successifs me font penser aux courtisans du roi sinon à ceux d’un Kim Il Sung embourgeoisé, plus je pense -pourquoi cette soudaine réminiscence ?- à l’arrivée de Valéry Giscard d’Estain au printemps 1974. « Aujourd’hui s’ouvre une ère nouvelle de la politique française » avait déclaré benoîtement l’ancien président de la République le soir de son élection. Puis nous eûmes droit au port du pull over, aux discussions « au coin du feu » à la télévision, aux rencontres avec les éboueurs, aux dîners « dans des familles française », aux descentes de ski avec les journalistes sur les pentes de Courchevel, aux parties de foot en short, sans oublier les précédents airs d’accordéon… Nous eûmes droit également aux premières interviews à l’américaine où le Giscard nouveau nous expliquait doctement en trois points comme il fallait réformer la France et comment -déjà- il en avait « la volonté ». Puis nous eûmes in fine aussi sa cour journalistique, les Duhamel (déjà) et les autres…
Vint bien sûr le temps des "réformes" : l’abaissement de la majorité à 18 ans, le divorce par consentement mutuel, l’IVG qu’il porta moins d’ailleurs qu’il ne le fit dire contrairement à Chirac qui soutint Simone Veil bien plus qu’il ne le dit. Et après ? Au bout d’un an. Après ? Pschiiit ! Le dandy devint Louis XV. Y cru même l’espace d’un instant. S’égara dans les chasses africaines et les dîners mondains avec les grands de ce monde. Fit croire que l’ECU était un « nom français » alors qu’il n’était qu’un sigle (Europeen Unit Count)…Et s’éloigna des Français. Passant de président à monarque sans même prendre conscience ni de sa fatuité ni de son isolement. Seules les marques constantes des feux télévisuels firent illusion. François Mitterrand, cet autre bretteur redoutable, comprit vite les failles…
Alors le petit Nicolas ? De quels mirages est-il porteurs ? Ou sont ses fragilités, peut être plus prégnantes qu’il n’y parait ? La lumière du projecteur est toujours porteuse d’ombre. Le pouvoir suprême d’absolutisme. Et le pouvoir absolu d’une certaine folie narcissique. Jusqu’au jour où le peuple fatigué de la pièce et de son auteur jette le pavé dans l’étang cristallin…
Citoyens…







