Je suis quand même sympa là, parce que bon...
Titré "Le come back", comme le rappelle l'AFP, le nouveau France Soir de 24 pages consacre sa "Une" au... restaurant espagnol "El Bulli", sacré "meilleur restaurant du monde" ! Vous parlez d'une "Une" au moment où des milliers de types se font tirer sur la gueule à balles reelles au Népal, où Sarko, balaçant des épaules comme un petit nigaud phalocrates, dégomme la Royale avec une tonalité qui ferait presque passer Le Pen pour un homme d'élégance, où Chirac laisse quasi entendre hier en Egypte qu'il a comme des envies de repiquer en 2007, où Biarritz a enfin une chance d'aller en finale de la coupe d'Europe des clubs de Rugby, où que la polémique commence à gronder après le rapport d'une sommité bien pensante qui veut fermer je ne sais combien de structures chirurgicales faute de rentabilité ! Y viennent d'où ces mecs qui veulent faire un journal populaire ? Et puis vous savez quoi ? Ils balancent une interview de Renaud Dutreil, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, une interview dans laquelle le plus libéral des libéraux du gouvernement, soutient comme par hasard les deux repreneurs ! Anodin, non ? Puis viennent encore huit pages consacrées aux courses hippiques et des articles sur l'acteur Jean Dujardin ou l'animatrice Flavie Flament, la nouvelle madone de TF1. Je rêve là. Je me pince.
Pire, je me tripotte le nasibus.
Le vieux Lazareff n'était pas une sainte Nitouche. Mais faut quand même se rappeler que dans son grand format de journal il n'y avait pas que le turf et les faits divers. Il y avait aussi de l'info. Et des "plumes". Vous savez des types comme Bodard ou Kessel qui vous balançaient des reportages, sans doute un peu alcoolisés, mais avec un talent tel que des centaines de pékins s'arrachaient leurs papiers dans les brasseries alentours de la rue Réaumur. Et puis en même temps ces sans grades, ces papivores du zinc, bref ces lecteurs entre deux cafés ou deux calvas, apprenaient des choses, sur le Vietnam, sur de Gaulle, sur le Moyen Orient, sur la façon dont Pompidou cultivait ses rosiers ou se lamentait sur le suicide de Gabrielle Russier parce qu'elle avait eu le tort d'aimer un petit jeune. Leurs papiers avaient de la verve, du style, du sens. Du Fond, comme on dirait aujourd'hui. Et France Soir sentait bon le petit noir, le langage de Gabin et de Léon Zitrone qui faisait le 20 h de l'époque en disant d'abord "bonjour Madame, bonjour Mademoiselle, bonjour Monsieur". C'est du jour où il a commencé à s'intéresser aux Dutreil et Cie que France Soir a commencé à capoter. Comme Giscard a commencé a faire capoter la politique en confondant la République et le royaume de Louis XV. TF1 le peuple avec les cons.
Et les journalistes de la télé, les images et l'info.
Mais comment des mecs qui viennent de l'expertise comptable et du ballon rond peuvent-ils un jour se retrouver "repreneurs" de France Soir ??
Je vous l'ai déjà dit, citoyens, la presse est mal barrée.
Da! Vous dites juste "Da"...
L'interview de Libé du repreneur adoré...
Faut quand même avoir en mémoire le pensum que l'ex repreneur adoré de la rédaction de France Soir avait donné à Libération le 11 avril dernier. Et puis après vous vous faites votre opinion, hein... Voici donc l'entretien en question. Avec des relances qui sont de ma pomme puisque Libé ne les pas faites.
Gaydamak se donne six mois pour «redresser radicalement» «France Soir»
Dans un entretien à «Libération», le principal candidat à la reprise du quotidien en perdition expose ses plans: en faire «un journal très lu», sans «absurdités» ni «sujets grotesques», doté «d'une certaine rigueur» et d'une nouvelle «direction éditoriale».
par Lorraine MILLOT
Moscou, de notre correspondante
Le tribunal de commerce de Lille doit décider mercredi du sort de «France Soir», en redressement judiciaire depuis la fin octobre. Les salariés se sont prononcé en faveur de la solution de reprise proposée par l'homme d'affaires Arcadi Gaydamak, qui promet de conserver tous les emplois et de rembourser les dettes, alors que les autres candidats repreneurs prévoient tous de tailler dans les effectifs. Mais voilà: Gaydamak est recherché par la justice française dans le cadre d'une affaire de trafic d'armes avec l'Angola, ce qui l'empêche de venir en France, et il a récemment été interrogé en Israël pour blanchiment d'argent.
Il reçoit en plein centre de Moscou, dans un immeuble moderne qui semble peuplé de gardes du corps, discrets et très courtois. Dans un français parfait, le millionnaire russo-franco-israélo-canado-angolais explique, petit sourire en coin, ce qu'il veut faire de «France Soir».
Les autorités françaises s'inquiètent de l'origine de votre argent. Pouvez-vous les rassurer, dire d'où vient votre fortune?
Je n'ai à rassurer personne, et rien à prouver. Je suis un entrepreneur à la tête de diverses entreprises depuis une trentaine d'années. Mes activités principales sont aujourd'hui dans le domaine agricole: nous sommes dans l'élevage, la production de grains. Raison pour laquelle j'ai des propriétés foncières très importantes, surtout en Russie. J'ai aussi des activités financières, je suis un intervenant important sur le marché russe des actions. Et je suis dans l'immobilier et la construction.
"Si vous faites allusion à l'affaire des ventes d'armes
qui depuis dix ans agite la presse, ce sont des délits imaginaires."
Vous pouvez donc assurer que votre argent ne provient pas des ventes d'armes à l'Angola?
Quelles ventes d'armes? En Angola, mes seules activités sont aujourd'hui des entreprises agricoles. Nous avons plusieurs fermes industrielles où nous produisons légumes, poulets et œufs. Si vous faites allusion à l'affaire des ventes d'armes qui depuis dix ans agite la presse, et uniquement la presse, je vous réponds: ce sont des délits imaginaires. Le mandat d'arrêt qui a été émis contre moi l'a été pour non-présentation devant un juge d'instruction. C'est le seul délit que je reconnais. Et je pense que j'ai eu raison d'agir ainsi. J'ai choisi la liberté plutôt que l'injustice.
Avez-vous l'espoir de bientôt clarifier vos affaires avec les autorités françaises?
Les autorités françaises, ce sont des individus, dont certains sont têtus et ont leur propre vision des choses qui ne correspond pas à la réalité. N'oubliez pas que je suis décoré en France de l'Ordre national du Mérite. Se souvient-on que j'ai sauvé neuf otages français ces dernières années? Vous connaissez quelqu'un qui ait sauvé neuf officiers de l'armée française, en quatre opérations différentes? Non (1). Tous mes problèmes en France viennent de la rivalité entre divers groupes politiques.
Comment comptez-vous veiller au développement de «France Soir» sans mettre les pieds en France?
C'est tout à fait compatible. Les propriétaires des autres grands journaux ne s'occupent pas non plus directement de leurs affaires. Dans mes entreprises travaillent des dizaines de milliers de gens, et il y a des entreprises où je n'ai jamais été présent. Nous avons à Moscou une équipe très professionnelle, qui connaît bien les médias, et sait très bien gérer à distance. La gestion administrative de «France Soir» sera probablement assurée par l'équipe actuellement en place. La direction éditoriale de «France Soir» sera changée. J'ai là deux candidatures en vue, deux grands noms de la presse française.
"France Soir» doit devenir un vrai journal d'informations générales, sans penchant politique, comme il était avant" (*).
Vous allez donc changer la rédaction en chef de «France Soir»?
Bien sûr. «France Soir» doit devenir un vrai journal d'informations générales, sans penchant politique, comme il était avant. Ce ne sera pas un journal à sensation qui attire l'attention des lecteurs avec des sujets grotesques et des photos grotesques.
Avez-vous un modèle étranger?
«Les Nouvelles de Moscou» (hebdomadaire assez compassé, dont Gaydamak a pris le contrôle en 2005, ndlr). Le point commun avec «France Soir» est que ce journal était aussi moribond quand je l'ai repris et qu'il est devenu aujourd'hui le fleuron de la presse russe (qualité qui a échappé encore à la plupart des observateurs, ndlr).
Outre «les Nouvelles de Moscou», vous avez acquis récemment une radio russe, manifesté votre intérêt pour une télévision en Israël, et maintenant pour «France Soir». Vous voulez devenir un grand patron de presse?
Je sais bien qu'avec la presse, comme avec le sport, il est très incertain de gagner de l'argent. Mais à partir du moment où mes autres activités marchent très très bien, on peut investir dans une affaire de principe. Acheter un nom comme «France Soir», qui appartient au patrimoine culturel français, c'est très honorifique. En étant dans la presse, on peut, sans exprimer sa propre position, au moins s'assurer que l'on respecte une certaine rigueur. Moi-même, j'ai été suffisamment exposé par la presse française, d'une manière tout à fait arbitraire, pour souhaiter qu'on respecte une certaine rigueur.
Comptez-vous acquérir d'autres médias en France?
Tout à fait. Une radio, plus tard. Une radio d'information.
Combien comptez-vous investir au total dans «France-Soir»?
Nous nous sommes engagés à rembourser tous les créanciers, soit environ 12 millions d'euros. Quoiqu'il faudra vérifier le bien-fondé de toutes ces créances, au vu des circonstances. Ensuite, il faudra assurer un fonds de roulement, et peut-être investir au-delà. Tout compris, cela devrait coûter dans les 15 millions d'euros dès le début.
"Poutine est un très bon Président, pour la Russie et pour le monde entier. Contrairement à ce que disent certains agitateurs, la liberté est aujourd'hui totale en Russie. C'est le pays le plus libre au monde"
Etes-vous conscient des difficultés actuelles de la presse française?
Oui. Mais je crois qu'en six mois, avec mon approche, on peut radicalement redresser la situation de «France Soir». On peut en faire un journal très lu, un journal pour tout le monde, en publiant l'information que les gens ont envie de lire.
Et vous voulez que «France Soir» contribue à améliorer l'image de la Russie en France?»
Non, la Russie est un grand pays, un pays formidable, qui n'a pas besoin de ça. Mais il est vrai qu'il pourrait être bénéfique aux Français qu'on les informe mieux sur ce pays. Il serait très utile aux Français de mieux connaître la Russie, c'est dans leur intérêt.
Vous allez donner des consignes à la rédaction?
Non. La consigne est de ne pas écrire des absurdités, comme souvent la presse le fait.
Vous êtes un partisan de Vladimir Poutine?
Je pense que Poutine est un très bon Président, pour la Russie et pour le monde entier. Contrairement à ce que disent certains agitateurs, la liberté est aujourd'hui totale en Russie. C'est le pays le plus libre au monde sur le plan du droit d'expression. Il ne faut pas croire que la critique systématique des structures d'Etat, c'est la liberté. Si l'on ne propose pas une solution, à quoi ça sert?
N'étiez-vous pas pourtant jadis en affaires avec Mikhaïl Khodorkovski, l'oligarque que Poutine a fait emprisonner?
Mais tout le monde des affaires en Russie était en relation avec Khodorkovski, c'est normal de faire des affaires avec des gens qui peuvent avoir des opinions politiques différentes du pouvoir en place.
On vous soupçonne d'être lié aux services secrets russes et de racheter des titres de presse pour y faire passer leur point de vue?
Ce sont des absurdités.
(1) Gaydamak explique qu'il a joué un rôle dans la libération d'otages français au Daguestan et en
Bosnie.
(*) "Avant" c'est à dire dans les années 50, puis 60, il a été pour l'essentiel gaulliste, puis proche de Pompidou. C'est à dire pas du tout engagé... Vu que le camarade Lazareff recevait quand meme le Tout Paris dans sa belle maison de Louvecienne dont notamment... Pompidou !
Bon, compris le lézard là ?







