Donc un sentiment de malaise. Malaise d’abord, exprimé pour l’heure sous le manteau, de plusieurs chancelleries européennes, celles de Grande-Bretagne et d’Allemagne en particulier, qui ont négocié depuis deux ans avec le pouvoir libyen pour déminer l’imbroglio juridique qui permettait à Kadhafi de « tenir » le procès des infirmières à sa main. En bref de l’instrumentaliser comme il le souhaitait. Malaise aussi, toujours sous le parapluie, de la Commission et du Parlement européen qui ont dénoué moult fils pour remettre d’équerre les relations bilatérales entre Bruxelles et Tripoli. Malaise aussi du côté du Quai d’Orsay et de ses hauts fonctionnaires totalement mis à l’écart du coup monté par l’Elysée via Madame, comme en témoigne le silence assourdissant de son titulaire officiel, le citoyen Kouchner.
Malaise enfin des bons connaisseurs du dossier qui savent que, sous cette belle affaire de libération angélique, se cache une négociation de marchands de tapis sur fond de projets autoroutiers, de coopération sanitaire, d’investissements touristiques, d’énergie nucléaire et d’intérêts gazo-pétroliers faramineux dont le groupe Total est d’ailleurs un des fers de lance face à plusieurs compagnies anglo-saxonnes… Pour quelle contrepartie ?
Sans doute, et tous les grands « entrepreneurs » applaudiront, le retour de la France dans l’économie libyenne. Et la reprise du « dialogue » franco-libyen, explosé depuis l’attentat du DC10 d’UTA, et fort à propos avant la visite prochaine de Nicolas Sarkozy en Afrique.
L’ancien ministre français des Affaires européennes, le socialiste, Pierre Moscovici, parle d’une « stratégie du coucou », autrement dit de cet oiseau qui laisse toujours faire le nid par les autres oiseaux avant… de s’y installer. Et de le préempter. Cette critique est aujourd’hui reprise -toujours sous le chapeau- par nombre de députés européens du Parlement de Strasbourg. Quelle légitimité, on n'osera pas dire quelle compétence, a d’ailleurs la femme de Qui vous savez pour entreprendre une telle action dont tout le monde sait, en passant, que le vrai maître d’œuvre fut l’ancien patron de la police nationale, l’omnipotent Claude Guéant ?
Les infirmières et le médecin n’ont naturellement rien à cirer de ce cirque médiatique et des obscures raisons et intérêts qui ont pu conduire à leur libération. Et c’est tant mieux pour eux. Mais outre que l’hôte de l’Elysée a récupéré la mise d’un « job » effectué depuis 5 ans par d’autres instances, ce qui ne va pas manquer d’agacer une nouvelle fois ici ou là, la remise en selle -car c’est de cela qu’il s’agit- du dictateur libyen pose aussi d’autres questions. Quel « deal » l’Elysée a-t-il passé avec Kadhafi ? Quel rôle a joué le président de la commission européenne ? Pourquoi l'entremise du Qatar, le banquier garant de l'opération, a-t-elle été minimisée ? Est-il exact que Tripoli soit fort interessé par le Rafale afin de afin de moderniser sa flotte aerienne composée de vieux Mirages ? Quelle influence a eu le patron des services secrets libyens, vieille connaissance de Claude Guéant ? Quels gages, suttout, ont été donnés aux autorités du Colonel pour qu’en deux coups de cuillers à pot l’affaire se dénoue en 48 h au téléphone entre Paris et Tripoli comme une pièce de théâtre bien réglée ? Quelle contrepartie Nicolas Sarkozy a-t-il négocié ?
Cette façon de procéder relève aussi d’autres interrogations. En particulier sur ce mélange des genres entre communication politique et pratique bonapartiste du pouvoir. Mais, comme dit l’autre, c’est autre sujet. Et avec l’Autre en question, il va falloir s’y habituer. Jusqu’au jour où il se plantera. Et prendra conscience que le Soeil peut aussi brûler. Et que Dieu n'est pas qu'énergie.
Citoyens…







