On rappellera donc modestement ici que les dites infirmières et le dit médecin ont été retenus en otage pendant huit ans contre toute preuve de leur culpabilité. Que leurs « aveux » ont été extorqués sous la torture, notamment à l’électricité, ce qui devrait rappeler quelques fâcheux précédents. Que plusieurs infirmières ont été battues et violées par leurs nervis. Que deux d’entre elles sont au bord de l’implosion psychique. Que toute cette comédie lamentable a été sciemment orchestrée par Tripoli dans le seul but de faire pression sur la communauté internationale, et l’Europe en particulier, pour pouvoir revenir, comme si de rien n’était, dans le concert des nations et retrouver une respectabilité perdue après le dernier attentat du DC10 d’UTA. Que le régime libyen est un régime totalitaire pourri, responsable identifié de deux attentats sur deux avions provoquant plusieurs centaines de morts et de moult financements d’actes terroristes depuis 20 ans. Que le colonel Kadhafi, que d’aucun jugeait encore infréquentable avant les risques de pénuries pétrolières et gazières, est un des derniers despotes au pouvoir depuis maintenant 40 ans. Que la « république » libyenne est un scandale démocratique avec des milliers d’opposants en prison, sans compter les morts, et que le système judiciaire libyen n’est qu’un théâtre d'ombres pervers aux ordres du Colonel. Que Poutine, dont Nicolas Sarkozy disait, il y a encore quelques mois, qu’il ne lui serrerait pas la main, a au moins l’obligation de respecter un tant soit peu son parlement ce dont se contrefout le leader maximo de Tripoli. Alors ?
Un Munich politique
Alors le corps des donneurs de louanges et des distributeurs d’applaudimètres n’ont qu’un mot à la bouche : réalisme. Qu’une seule référence, le commerce. Et qu’un seul slogan en parlant de « l’artiste » : quel talent ! En gros, bravo Sarko, tant pis s’il a récupéré la mise du jeu européen qui illustre une nouvelle fois la théorie du nain politique, et au moins, la France va récupérer les marchés que les amerlocks s’apprêtaient à prendre si Paris ne refondait pas sa politique libyenne. C’est tout ? C’est tout.
Alors sans doute, les entreprises françaises vont-elles « récupérer » des marchés, notamment gaziers, touristiques, militaires et nucléaires. Mais cette belle négociation sur fond de torse bombé est aussi un Munich politique. Et un scandale pour l’Esprit. On sait que tous les bonimenteurs et autres théoriciens de la raison d’Etat, du commerce avant tout et de la défense d’on ne sait quels intérêts français supérieurs, n’en ont strictement rien à battre. On savait où commençait la faiblesse des démocraties, on sait aujourd'hui où elle s’arrête. Devant le cynisme et les petrodollars.
Dans cette affaire, Bruxelles et l’Elysée ont joué avec le feu comme on joue avec le Diable. On comprend maintenant pourquoi le nouveau président de la République a toujours fustigé les « droits de l’hommistes ». Les bonnes causes, finalement, n’ont de justification que lorsqu’elles servent des intérêts bien compris. La communication est là pour en expliquer la substantifique moelle au peuple qui n’a plus qu’à dire Amen. Mais souhaitons au moins à Bernard Kouchner, qui doit serrer ce jour la main du colonel Kadhafi, de pouvoir méditer à satiété sur le tragique de l’humaine condition. Le goût des couleuvres. Ou la dérision du pouvoir.
Citoyens…
PS : 20h 15... La France a donc signé un accord de coopération sur le nucléaire civil avec la Libye. En réalité, mais on l'apprendra dans quelques temps, pour un partenariat "militaro-industriel". Et le leader libyeen est devenu, selon les termes employés par la correspondante de France 2 à Tripoli, un "partenaire fréquentable". Plus rien à ajouter. Passez une bonne nuit.







