Il y a quand même des moments où il faut arrêter de déconner ! Accuser la mère Sego, comme l’a fait Laurent Fabius hier soir de « populisme extrêmement dangereux » qui « ferait le lit de l’extrême droite » à propos des jurys citoyens, c’est non seulement se fiche la gueule du monde mais c’est aussi manifester une inculture crasse au regard de l’histoire de la gauche. Ou la peur d’un pouvoir dont on serait par nature propriétaire. J’aime bien, tant pis pour la contradiction, le camarade Fabius dont j’ai apprécié, pour ce qui me concerne, le combat mené contre le feu projet constitutionnel européen. Mais là, l’invective de mardi soir relève d’un manque d’anxiolytique, d’un surcroît de stress ou de la malhonnêté intellectuelle.
On lira donc sur le sujet et avec intérêt l’excellent papier -au demeurant mesuré- de Christian Losson, du journal Libération de ce mercredi sur ces fameux jurys. De Berlin à Porto Allègre en passant par la Suède, ils ont non seulement déjà été expérimentés avec un certain succès mais ils n’ont strictement rien à voir avec la soi disante « surveillance révolutionnaire » dont ses contradicteurs tentent de les affubler.
On apprendra aussi, que contrairement là encore à ce que nous serinent depuis 48 h toutes les vierges effarouchées du sérail politique, cette nouvelle forme de « participation » citoyenne est étudiée et pensée depuis quelques années par toute une escouade de sociologues et de chercheurs avec l’esprit critique qui sied et l’intelligence politique qui se doit.
Yves Sintomer et Marion Carrel (*) rappellent ainsi que dés les années 70, certains pays anglo-saxons ont tenté de faire vivre des « conférences de citoyens » et surtout que le parti des travailleurs de Lulla, qui vient d’être réélu au Brésil, en a fait un de ses corps de doctrine et de fonctionnement politique sur fond d’altermondialisme redistributif. Et gestion de nombreuses municipalités.
En bref, ces comités qui existent déjà aujourd’hui dans plus de 200 villes du monde ne sont pas là pour faire exploser en vol les élus mais pour leur apporter un autre regard, une autre expertise que celle des énarques, des hauts fonctionnaires ou des spécialistes de tous poils sur la conduite des politiques urbaines, éducatives ou de santé et leur rappeler, si besoin est, que les engagements pris devant les électeurs se doivent d’avoir force de loi. Et non de broutilles préélectorales.
En cette mesure, comme le souligne Yves Sintomer, ces jurys ont souvent permis de conjuguer intelligemment démocratie élective et démocratie participative, de réintroduire un certain nombre de citoyens dans la sphère publique et, en les responsabilisant, de mieux lutter contre ce fameux « populisme » dont ceux qui en sont responsables nous rebattent aujourd’hui les oreilles !
l'aménage puisqu'il parait que c'est son attribution ministérielle. (DR)
Alors de là à pousser des cris d’offrais, à affoler le bon peuple ou à s’affoler tout court comme certains responsables de l’association des maires de France ou, pire, à comparer ces propositions, comme à osé le faire en début de semaine à l’Assemblée nationale, le bras droit de Sarkonaparte, Brice Hortefeux, à des mesures mussoliniennes ou pétainistes ! il y a un pas que mézigue ne franchira pas. Quant au fait que le citoyen Hortefeux se drape subitement dans le drapeau de la République pour caricaturer un concept qui relève au moins de l’imagination politique et non du néolibéralisme karchérisant de son patron, on me permettra d’en rigoler un chouïa.
La situation politique et sociale de la nation est aujourd’hui suffisamment explosive et notre démocratie « représentative » suffisamment mal en point pour qu’on se risque aussi à l’imagination au pouvoir. Quitte à secouer le grand mammouth. Et à donner des boutons à Brice.
Citoyens, j’ai bien l’honneur.
(*) « De Porto Allegre, l’espoir d’une autre démocratie ». La Découverte. 2002







