Assiste-t-on, plus tôt que prévu, à l’explosion en vol du couple Sarko-Fillon ? Si l’on en croit certaines rumeurs ou propos relayés cette semaine par le Canard mais aussi l’analyse faite, ce vendredi, par l’ancien patron du Monde, Jean-Marie Colombani, au micro de France Inter, on peut se poser la question.
D’abord parce que contrairement aux apparences, il ne semble pas que Qui vous savez souhaite aller au clash syndical sur certaines « réformes » -notamment celles des retraites- contrairement à son Premier ministre qui entend les mener tambour battant, quitte à prendre le risque d’un conflit social. Le président, il est vrai, a pour lui la durée du quinquennat. Fillon, de par sa fonction, est sur un siège éjectable. Il est aussi politiquement plus néolibéral que Sarkozy. Et il n’est pas un fanatique de « l’ouverture », comme il ne s’en cache d’ailleurs pas en privé. Sa dernière sortie sur la situation de « faillite » de l’Etat, qui pouvait apparaître entre les lignes comme une critique déguisée du « paquet fiscal » ou le sifflement de la fin de la recréation, n’a pas été du tout apprécié par l’Elysée déjà assez coincé aux entournures par les remontrances européennes, notamment allemandes, sur la situation budgétaire française.
Nicolas Sarkozy a en outre une « popularité » à gérer et cette donnée psychologique au regard son ego surdimensionné n’est pas un mince vecteur politique. Fillon, lui s’en fou. Il avait d’ailleurs montré lors de son passage aux Affaires sociales lorsqu’il a imposé les 40 annuités de cotisations aux fonctionnaires qu’il se tapait totalement des criailleries de la rue et des coups de gueules syndicaux. C’est, parait-il, son côté « barriste ». Et le mot de « rigueur » ne lui écorche pas la bouche contrairement à Sarkozy qui ne peut voir qu’un désaveu dans cette formule.
Sarkozy, aussi paradoxal que cela puisse paraître, est un homme plus fragile qu’il ne semble, et plus en proie au doute qu’il ne le dit. Fillon a des convictions de droite chevillées au corps et des certitudes, peut être d’ailleurs des aveuglements, en béton. Et il est aussi plus idéologue que son patron qui n’a- comme Chirac- que des convictions successives. Et un très gros estomac. Fillon surtout, même s’il se targue d’en avoir théorisé la doctrine, ne supporte plus -c’est en tout cas ce que « lâchent » certaines mauvaises langues du côté du Parlement- d’être un Premier ministre sous les fourches caudines constantes de l’Elysée. Et de son secrétariat général.
Quelle autorité peut d’ailleurs avoir un Premier ministre quand tous ses ministres, sinon certains hauts fonctionnaires, prennent leur feuille de route, pour ne pas dire leurs ordres, à la présidence ? S’il n’a pas l’ego de son « patron », il n’en est pas moins d’une fierté de paon. Il ne supportera pas longtemps cette situation de « collaborateur ».
Il est aussi possible que les deux hommes, mais surtout le premier d’entre eux, ayant beaucoup promis pendant la campagne et prenant conscience qu’il sont dans une impasse financière et politique, en bref qu’ils ont couillonnée les électeurs, n’en tirent pas tous deux les mêmes conclusions. Le problème de Sarkozy est de jouer l’illusionniste peut faire durer le spectacle. Le problème de Fillon est de ne pas passer pour un con. Ca peut créer des désagréments.







