
Donc ce qu’il a dit, il ne l’a pas dit. En bref Icelui, qui recevait quelques lecteurs du Parisien pour expliquer sa politique avec force convictions, a ajouté après relecture de l’entretien : «Au Salon, j’aurais mieux fait de ne pas lui répondre ». Autrement dit, le Parisien a titré sur une déclaration qu’il n’a pas faite !
Le fait que les lecteurs du Parisien qui ont rencontré M. Sarkozy "retrouvent dans le journal quelque chose qu'ils n'ont pas entendu" pose "quand même problème, a indiqué le rédacteur en chef du journal, Dominique de Montvalon sur Canal Plus. Ajoutant:: "en fait le président n'a pas exprimé le moindre regret lors de l'entretien, il a exprimé qu'il a été victime d'une véritable provocation", et que "quand on le cherche, on le trouve". Pas exactemlent pareil...
Cette petite aventure journalistique illustre, ceci dit, une pratique par trop habituelle des journaux : la justement « relecture » de l’interview. Mais pourquoi donc cette « habitude » a-t-elle été prise ? Mystère. Dans mon jeune temps, la déontologie journalistique -pardon du gros mot- faisait de cette pratique une exception. Après tout, quant une personnalité, quelle qu’elle soit, accepte le « direct » à la télévision, elle accepte donc d’assumer ses propos. Au nom de quoi en serait-il autrement pour un journal au prétexte qu’il est publié le lendemain ? Parce que le langage écrit ne correspond pas au langage parlé ? Faribole ! Le travail du journaliste est aussi de réécrire en bon français sans la trahir ce qu’une personnalité lui a confié ou dit. Le reste est littérature. Le Parisien va donc publier demain mercredi l’entretien tel qu’il aurait du être publié ce mardi. Amusante contorsion qui aurait pu être évitée si la déontologie -en fait la règle du jeu- avait été respectée. D’entrée de jeu. Au delà du fait que cette histoire illustre qu’Icelui n’avait en rien le désir spontané de faire amende honorable, en bref de reconnaître qu’il avait fait une connerie,cette épisode ne grandit en rien non plus le journal qui a accepté ce jeu de rôle.
Mais revenons sur un autre point autrement plus important : la comparaison faite lundi par le député UMP des Alpes Maritimes, Lionel Lucas, entre la campagne de presse qui, selon lui, viserait Nicolas Sarkozy et l’affaire Roger Salengro. On rappellera ici que Roger Salengro, ministre de l’Intérieur du Front populaire en 1936 fut l’objet, après son action contre les Ligues d’extrême droite, d’une campagne de diffamation orchestrée par l’Action Française et le journal Gringoire l’accusant d’avoir déserté et trahit pendant la guerre de 14/18. Accusation immonde et fausse, mais relayée quotidiennement par une partie de la presse et moult députés de droite plusieurs mois durant et qui amena Salengro à se suicider pour « laver son honneur ». On voit ici le rapport étroit avec la « campagne de presse » dont Nicolas Sarkozy serait victime… Il y a des comparaisons qui n’honorent guère leur auteur. J’ajoute que le même député, qui n’en était plus à une comparaison près, a aussi fait allusion à la fin tragique de Pierre Bérégovoy. Autrement dit là, aux conséquences supposées de l’affaire dite du prêt de Patrice Pelat à l’ancien Premier ministre pour l’achat de son appartement. Ou à l’affaire Pechiney dont le procès devait s’ouvrir à l’automne 1993. Le seul petit souci, au-delà des « chiens » qui, selon l’expression de feu le président Mitterrand, se seraient acharnés sur Pierre Bérégovoy, est que personne, à ce jour, ne sait précisemment pourquoi cet honnête homme s’est « suicidé » au bord du canal de Nevers. Ces comparaisons sont de toutes façons anachroniques et lamentables.
