La question de la compétence de François Pérol, « compétence » derrière laquelle s’abrite le président pour justifier sa nomination, n’est pas en cause. Diplômé de HEC et de Sciences Pô, ancien élève de l’ENA, inspecteur des finances, n’en jeter plus ! François Pérol, qui fut aussi en 2002 directeur adjoint du cabinet de Francis Mer lorsque celui-ci était à Bercy, est certainement très « compétent ». Est-il pour autant le seul ?
Le petit souci, au-delà de son passage éclair dans la banque Rothschild en 2005 à propos duquel les conclusions de la fameuse commission de déontologie n’ont pas été rendues publiques, est qu’il a été l’un des artisans du rapprochement entre l’écureuil et les BP. Après avoir été celui entre GDF et Suez. Et sans doute le promoteur, autour d’Areva, de la réorganisation de la filière nucléaire française.
François Pérol a aussi une autre jolie croix dans son escarcelle : la création de Natixis via laquelle l’écureuil a perdu des millions d’euros ! L’énarque préféré du président, qui tutoie quasiment tous les patrons du CAC 40, connait donc bien tous les méandres de la planète Finance. En particulier ceux donc… des Caisses d’Epargne !
Comme le rappelle mardi dans lemonde.fr, Antony Taillefait, doyen de la faculté de droit d'Angers, la « déontologie » qui prévaut dans la fonction publique « interdit qu'un fonctionnaire dirige une société privée à l'égard de laquelle il a exercé un contrôle ». Conseil, contrôle ? On ne sait pas exactement de quel mandat s’est prévalu François Pérol pour activer le rapprochement bancaire en question sinon celui qu’il tenait du seul aval du président de la République.
Quel sera d’ailleurs à terme, se demande aussi le doyen de la faculté de droit d’Angers « le degré de mainmise de l’Etat sur cette structure mutualiste » ?
Plus grave, le mensonge du chef de l'Etat affirmant depuis Rome mardi que "la commission de déontologie a donné son point de vue et que celui ci a été communiqué aux deux banques". En réalité, la dite commission, comme le confirme mercredi Libération, ne s'est pas réunie, la déclaration du président provoquant d'ailleurs un petit vent de panique mercredi soir au secrétariat d'Etat à l'Industrie totalement pris à contre-pied par la déclaration présidentielle !
Outre que cette nomination à la hussarde intervient après les nouveaux pouvoirs que s’est octroyé le président à l’égard des patrons des chaînes du service public de l’audiovisuel, on ne peut s’empêcher d’y voir la poursuite d’une sorte de toile d’araignée fort peu républicaine entre la présidence et nombre de grands patrons de groupes industriels et financiers (Bolloré, Bouygues, Lagardère, Alstom, EDF, etc.). Surtout quand certains de ces mêmes amis sont aussi les propriétaires de grands groupes médiatiques.
Mais François Pérol qui a, parait-il beaucoup d’humour, devrait se méfier. La consonance de son nom rappellera à certains amateurs de romans de cape et d’épée celui du vilain Peyrolles dont Le Bossu illustra le tragique destin…








