"Une fois de plus, la presse de ce jour rapporte les termes provocants d’une intervention publique du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, mettant en cause le fonctionnement de l’institution judiciaire", écrit M. Canivet, le plus haut magistrat français du siège, dans ce texte. "Cette nouvelle atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire et la polémique qui s’ensuit, opposant les institutions publiques, affaiblissent tout autant le crédit de la justice que l’autorité de l’Etat", estime Guy Canivet.L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) "s'est félicité" de la condamnation par Guy Canivet des propos de Nicolas Sarkozy sur les juges, tout en dénonçant "le silence assourdissant" du Garde des Sceaux, Pascal Clément."Ca nous paraît un enjeu républicain. On ne peut plus dans notre pays continuer à combattre la délinquance avec un ministre de l'Intérieur qui s'en prend régulièrement à l'institution judiciaire affaiblissant ainsi l'Etat", a expliqué à l'AFP Dominique Barella, le président de l'USM.
Nicolas Sarkozy a été nommé à la tête du ministère de l’Intérieur après le 21 avril et une campagne politico-médiatique de plus de 6 mois sur l’insécurité. Au court de cette campagne sinon de cette manipulation de l’opinion à laquelle se sont prêtés la plupart des grands medias, le même Nicolas Sarkozy –et la droite- ont tenu un discours que l’on pourrait résumer en une simple formule : « vous allez voir ce que vous allez voir ».
Après un court passage au ministère de l’Economie et des Finances, le même Nicolas Sarkozy a réintégré la place Beauvau, essentiellement pour des raisons politiques et conduit une nouvelle action de communication, torse bombé, affirmant que la délinquance était en baisse.
En près de 5 ans non seulement les Français n’ont rien vu, mais la seule délinquance qui importe, c’est à dire celle liée à la sécurité des biens et des personnes, a de nouveaux explosée. Entre plus 8 et 15% selon les départements.
La politique sans nuance, parfois provocatrice, conduite depuis 5 ans avec notamment la suppression de la police de proximité, la mise en oeuvre de textes de lois sécuritaires et l’amorce d’une politique dite de prévention de la délinquance n’ont eu aucun effet réel sur la situation dans les banlieues et la baisse de l’insécurité quotidiennement vécue par un certain nombre de citoyens.
Faute d’une politique équilibrée et de moyens adéquats accordés à la justice, à l’éducation surveillée et à ses éducateurs et à la police -les sois disantes augmentations d’effectifs n’ont en réalité ni couverts les départs en retraites et les mutations- le bilan du ministre de l’Intérieur est désastreux.
Désastreux parce que ses coups de mentons bonapartistes vont encore affaiblir la parole politique et faire une partie du lit lepéniste.
Désastreux parce que qu’une fracture préjudiciable à la séparation des pouvoirs et au bon fonctionnement de l’Etat républicain est aujourd’hui consommée entre la justice et la police.
Désastreux parce que la majorité des policiers de terrain dont beaucoup avait cru- à tort- aux rodomontades du ministre sont aujourd’hui désabusés sinon révoltés par sa politique du « résultat », les dysfonctionnements toujours plus pachydermiques de leur administration et le décalage toujours aussi notoire entre la police de terrain et la « police d’en haut ».
Désastreux parce que sa parole publique sans nuance n’a fait qu’attiser la rage dans nombre de quartiers et renforcer la haine du flic –et donc de l’Etat.
Désastreux parce qu’au lieu de reconquérir les fameuses « zones de non droits » que la République se devait d’investir avec l’intelligence qui sied, sa politique n’a fait que les renforcer dans une spirale que le prochain Sisyphe à la tête de Beauvau aura un mal de chien à dorénavant inverser.
Désastreux parce qu’une partie du peuple couillonné aura aussi beau jeu de se transformer en populace pour préférer l’original du Front National à la copie de l’UMP. Avec tous les risques de dérives, sinon de dérapages démocratiques, que cette inclination peut induire.
Désastreux parce qu’au lieu de rassembler au nom d’une espérance ou d’un possible avenir républicain commun, la politique conduite ne fut seulement facteur que de divisions avec tous les risques d’implosion ou d’explosions sociales que ces errements peuvent provoquer dans une France black-blanc-beur sans repères fondateurs, sans vision commune. Sinon sans espérance collective autre, pour beaucoup, que le chômage, le bâton, la misère culturelle ou l’absence de reconnaissance et d’identité.
Désastreux parce ces coups de gueules sarkoziens irresponsables vont alimenter de nouveau les jeux politiciens à trois bandes sur un théâtre politique dont la plupart des citoyens auront de nouveau que foutre fort de regarder avec lassitude ou mépris cette France décalée qu’ils ne supportent plus. Comme ils ne supportent plus ces aristocraties du savoir et du pouvoir dans lesquelles ils ne se reconnaissent plus. Notamment depuis le 29 mai 2005.
Désastreux parce qu’un tel bilan, à la veille d’une échéance électorale majeure, est inquiétante pour l’avenir de ce pays. De la démocratie française. Et de la République.
Ou de ce qu’il en reste.







