Heureusement que j’ai pu regarder en direct sur LCI « l’examen de passage » des candidats déclarés ou non du PS devant les militants du Pas de Calais. Parce que dans les « 13 h » de TF1 ou de France 2, peanuts ! Deux minutes et des poussières et hop, emballé, pesé ! Je passe sur les commentaires réducteurs et les poncifs du journaliste de TF1 resituant délibérément les propos des protagonistes -sans y faire clairement allusion- dans le seul cadre de la guéguerre des éléphants. Et du spectacle. Alors je vous donne mon sentiment. Ou plutôt mes quatre impressions. A chaud.
1- La dame du Poitou a marqué de nouveaux points par son calme, son assurance tranquille, sa force de conviction, sa sérènité, affichant même son démarquage de la ligne officielle, sinon sa singularité, sur la gouvernance et l’esprit public, la carte scolaire et les OGM. Ségolène Royal qui, parait-il, ne dit rien, construit en tout cas, mine de rien, un corps de doctrine original et plus trempé de l’encre de Jaurès -et de Mitterrand- qu’on ne le dit. Elle a eu l’intelligence aussi de marquer sa volonté de dépasser la fracture entre les anciens opposants au traité constitutionnel européen et les autres tout en affichant une velléité de relance de la construction politique de l’Europe. Cette bonne femme a quand même un sacré peps ! Et beaucoup plus de nerfs - et de présence- qu'on ne l'écrit...
2- Jospin, fort tendu lors de son passage, ne m’a guère enthousiasmé. J’ai retrouvé le Jospin de…1995. Honnête comme un trappiste, c’est sa grande qualité, l’ancien Premier ministre reste un argumentariste, relayant toujours une conception léniniste du pouvoir et se méfiant finalement de la « parole » citoyenne. De quel temple dont il porte la croix se veut-il le gardien suprême ? Jospin pour lequel j'ai quand même du respect m'est apparu "figé", glaciaire. Décalé. Le seul passage où il fut « bon », comme disent les mecs de télé, fut son coup de gueule (justifié) à propos du projet de loi sur la prévention de la délinquance qui prévoit notamment la création d’un fichier ADN pour le jeunes délinquants. Ou les délinquants potentiels ! Pour le reste, le camarade Jospin n’enthousiasme plus les foules. En tout cas, il ne les a pas transportées à Lens. « Vieilli, usé, fatigué... », il disait de qui déjà ? Dommage.
3- Les trois autres -Aubry, DSK, Lang- désolé je vais les passer à la trappe. Comme manifestement les militants lensois les ont passé au tamis. Trois coudés en dessous des autres. D’ailleurs, j’ai été fumer un clope à plusieurs reprises. On s’en doutait un peu. Ces gens feront peut-être de bons ministres, sans doute de bonnes boites à idées, pas des présidents. Une petite médaille quand même pour DSK. Il a un peu de mal de faire rêvasser, mais il a au moins un profil matignonesque. Et qu’est ce que vous voulez que je vous dise, il est sympa. Mais bon, ce n’est pas forcement la qualité qu’on demande à un homme d’Etat…
4- Fabius… Alors là, le compère m’a surpris. Franchement. D’abord je l’ai trouvé bien dans son costume. Convainquant, très « NaparteSarko on va te bouffer ». Et toujours dans une certaine fidélité à sa ligne qu’il avait -contre l’avis de tout le monde au sein du PS à l’époque- imprimé des novembre 2004. Fabius a su surtout parler de la politique, de la Nation, de la France, de l’Etat, avec une sincérité -et une conviction- qu’on ne lui soupçonnait pas. Il a manifestement « secoué » la salle. Finalement, ce type, avec lequel l’opinion, notamment dans l’affaire dite du sang contaminée, a été parfaitement injuste, sinon dégeulasse, devrait se lâcher plus souvent. Quoiqu’on en pense, Laurent Fabius a une « épaisseur » et une stature d’homme d’Etat. En aura-t-il le destin ? C’est une autre affaire. Mais pour votre serviteur, il a incontestablement
marqué des points ce samedi matin à Lens.
L'homme au chapeau écrira-t-il son histoire ? (DR)
Une incidente : la droite française, notamment depuis Balladur, nous rebat les oreilles avec la grande théorie des « primaires ». Et bien finalement le PS vient de les organiser ! Chapeau bas. Car stroumph ! On ne peut pas à la fois se faire le chantre de cette « modernité à l’américaine » et deviser constamment sur le bordel ambiant au sein de l’opposition devant tous les micros tendus. L’opposition, le parti socialiste en la circonstance, aura en la circonstance, fait montre d’un sens de la démocratie dont l’UMP ferait bien de prendre des leçons. Au moins le candidat du parti socialiste sera l’émanation de ses militants. L’UMP, ce vieux parti bonapartiste, n'est que l’émanation de son chef ! C'est toute la différence. Et le reste est littérature !







