. Le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, a donc décidé de surseoir à sa réforme des lycées. En réalité, Nicolas Sarkozy, quelque peu inquiet de la tournure prise par les manifestations lycéennes et la contestation qui monte dans les établissements scolaires, a demandé expressément à son ministre de mettre le pied sur le frein. Officiellement donc, il s’agit de prendre son temps pour « mieux expliquer ». Officieusement, on appelle cette démarche une reculade politique. Un gros mot pour Icelui.
. Natixis, la filiale du groupe Caisses d’Epargne a donc perdu quelques 450 millions d’euros en faisant confiance à Madoff, l’ancien patron du NASDAQ, le feu deuxième plus gros marché des actions américains. Le dit Madoff, qui s’est donc révélé être un escroc plus fort que Stavisky, a aussi fait plonger la BNP-Paribas pour plus de 350 millions d’euros, et AXA pour 100 millions. On ne s’arrêtera pas sur les broutilles -10 millions d’euros- perdues par la Société générale, le CA ou Groupama… On attendra aussi les dégâts éventuellement causés par Madoff sur les placements pourris effectués aussi par le Crédit Mutuel et… la Caisse des dépôts ! Ce qui fait rager dans cette nouvelle affaire de gros sous, c’est qu’elle illustre une nouvelle fois le manque absolu de transparence de l’activité des hedges funds, ces fonds « spéculatifs » responsables de l’explosion de l’économie industrielle réelle, qui, comme des mirages, ont attisé la folle cupidité des banquiers. Des actionnaires de tous poils. Et des néolibéraux qui, toujours aux manettes et à leur aveuglement idéologique, n’ont toujours rien compris de la catastrophe planétaire qu’ils ont initiée! Je passe, au regard de la situation, sur les qualificatifs dont nous gratifiaient, il y a encore peu, à propos de la crise, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde ou le Premier ministre François Fillon… Pour ne pas parler de l’imbécilité des propos du ministre du Budget, Eric Woerth, admettant en octobre dernier du bout des lèvres que la France risquait d’entrer en « récession technique »… Passons donc sur la vatuité de tous ces amuseurs publics bonimenteurs qui n’ont pas été autres choses ces derniers mois que des donneurs de leçons pris la main dans la confiture de leur bourgeoise suffisance.
. A propos de bourgeoiserie, qu’est devenu le « plan Marshall des banlieues » tant vanté tant promis par Icelui lors de la campagne présidentielle? Ou plutôt le simple « plan espoir banlieues » vendu en quasi catimini par Fadela Amara, la parait-il secrétaire d’Etat chargé des quartiers difficiles ? Quid des 45 000 « contrats d’autonomie » visant à « accompagner les jeunes des quartiers vers un emploi pérenne » ? Quedal. Ou presque. Dix mois plus tard, comme le rappelle Libération ce mardi, à peine un petit millier de ces contrats en question pont été signés, loin en tout cas des 4 500 qui devaient l’être en cette année 2008. Les 15 000 prévus pour 2009 ? Mystère et boules de gommes. Il faut d’abord sauver les banques. Et l’industrie automobile. Quant au « désenclavement » des quartiers, cette jolie formule lancée par qui vous savez le 8 février dernier, c’est aussi le point mort. Comme le note là le député maire PS de Sarcelles, François Pupponi, à propos du décrochement de la ligne D du RER pour relier Viliers-le-Bel, Sarcelles et Gonesse au bassin d’emplois de Roissy, « aucune réunion n’a encore été organisée sur le sujet » par les pouvoirs publics. Mais qu’est que nos bourgeois des ministères ou de l’Elysée ont à foutre finalement des habitants de Sarcelles ou de Villiers-le-Bel, surtout si leurs élus sont socialistes ? Rien. Les CRS sont là pour ça.
. A propos de police, il est intéressant de pointer le pétage de plombs de Lionel Lafargue, secrétaire général de la zone sud-ouest du SNOP, un syndicat d’officiers de police, sur l’absurdité de la « politique du chiffre » qui commence à agacer de plus en plus de policiers mis ainsi dans l’impossibilité de faire correctement leur boulot du fait de devoir alimenter en (bons) chiffres l’outil statistique de la place Beauvau. En bref, plus le temps de faire des enquêtes pour coincer les gros dealers ou démanteler les réseaux de trafiquants en tous genres, il faut d’abord alimenter la machine pour satisfaire la hiérarchie, la ministre et Icelui obsédés de (bien) communiquer sur la « baisse de la délinquance ». Dans cette logique de rentabilité, comme le dit l’officier du SNOP, à Libération, il suffit donc chaque mois de contrôler une sortie de métro -plutôt dans l’est parisien- ou une bonne discothèque pour « découvrir (sic) dis personnes consommatrices et porteuses chacune d’une barrette de cannabis. Cela se traduira par dis faits constatés, dix faits élucidés et dix auteurs » en garde en vue ! Excellent pour les stats, coco. Et la prime au mérite!
. Un autre qui risque aussi de péter les plombs c’est le citoyen de Carolis. Le PDG de France Télévision, qui réunit ce mardi son conseil d’administration, s’est donc vu intimer l’ordre, il n’y a pas d’autre expression, par sa ministre de tutelle, de supprimer la pub à compter du 5 janvier, vu que le gouvernement ne pouvait plus le faire ni par la loi ni par décret faute de se voir retoquer par le conseil d’Etat ! On aurait voulu illustrer par l’absurde la dépendance politique qui caractérisera donc dorénavant le lien entre le service public et le pouvoir qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Cette amicale pression, exercée au nom du gouvernement et de l’Elysée, par notre Albanel Marie Chantale ministre de la Culture, a au moins le mérite de clarté. Patrick de Carolis, qui a pris dans les gencives quelques belles mandales politiques depuis le 8 janvier mais qui doit être masochiste à défaut d'être brave a donc convié le conseil d'administration à se prononcer sur cette mesure ordonnée. Ce que le conseil, optempérant aux ordres d'en haut, a donc majoritairement fait. Bien sûr, Carolis a la parole de l’Etat pour récupérer 450 millions d’euros. Mais que vaut aujourd’hui la « parole de l’Etat » qui était, il y a peu, parait-il en « faillite » ? Que valent d’ailleurs ces 450 millions quand le manque à gagner pour le service public pour s’élève à près du double ? Pipeau. Reste que France Télévision, son conseil d'administration et son président se sont couchés. Tout rentre donc dans l'ordre sarkozien. Vive l'empereur ! Et petits fours chez Bouygues ! La France est une démocratie moderne. Comme en Russie.
. Je ne sais pas vraiment pourquoi, même si je m’en doute un peu, toute la presse est dithyrambique sur le bilan de la présidence européenne française. A lire la presse allemande, qui parle toujours de « l’agité de Paris » et garde en travers du gossier le rapprochement franco-anglais, la presse espagnole furieuse que l’Espagne ait été mise au rencart de toutes les tractations élyséennes, la presse belge qui s’interroge sur « le pan américanisme » d’Icelui et son absence de vision en matière d’Europe de la défense, des presses hongroises, tchèques ou polonaises qui regrettent, souvent avec amertume sinon agacement, que leurs pays aient été pour le moins considérés comme des sous fifres diplomatiques par le Château, on pourrait nuancer le constat élogieux. Mais non, mais non. Nicolas Sarkozy a « bousculé l’Europe ». Son « énergie » a fait « bouger les lignes ». Cela me rappelle le grand barnum sur la Méditerranée. Mais puisqu’on nous dit qu’Icelui a fait bouger les lignes, le peuple français « qui se lève tôt » va peut être bouger aussi. Cela serait marrant une bougeotte sociale, non ?







