Trois jours en résidence à Isle.
Avec pour but d'écrire ou de dessiner. En s'inspirant de la ville bien sûr.
J'arrive à Isle. Dimanche soir. Après huit heures de train.
Petit resto à Limoges. Je découvre mes collègues d'aventure, un auteur et une illustratrice. Un autre dessinateur doit arriver le lendemain. Et j'apprends que l'auteur, l'ami René, avec qui je pensais peut-être pouvoir travailler, a du reculer, a du décaler son séjour.
Zut.
En venant, je n'avais aucune idée quant à ce que j'allais produire. Sinon que j'avais envie de travailler à deux. Histoire de changer de la routine. De la solitude ordinaire de notre métier d'illustrateur. Envie d'essayer de créer quelque chose à deux. Envie de découvrir...
Eh ben non ! J'allais me retrouver seul.
Comme d'hab, quoi !
Toujours dimanche soir. 22h30. Dans ma chambre. Seul. Mes collègues sont des couche-tôt. Et moi un indécrottable couche-tard. Pas de radio, pas de télé dans la chambre et moi qui suis incapable de travailler dans le silence. Sortir ? Ben euh... Isle la nuit, ça doit pas être top.
Donc je me couche.
Résultat à 3h du mat, je suis réveillé. Et à 7h, douché, rasé, habillé, je suis en balade dans Isle.
Grisaille, petit crachin, pas un chat dehors, deux ou trois silhouettes qui partent à reculons au boulot, un lundi matin quoi. Je déambule. Le cimetière d'Isle, la Poste d'Isle, fermée, la rue principale d'Isle...
Je vis une heure de grande solitude. Je me demande dans quelle galère je suis encore allé me fourrer.
En plus, bien sûr, je n'ai aucune idée de ce que je vais bien pouvoir dessiner. Je cogite, me triture les méninges. Rien. Nada. Le vide.
Seul.
Seul.
Seul.
Je finis par atterrir sur le parking, désert, de l'église. Je me dis que c'est bien moche tout ça. Et cet immeuble gris, sans style, sans âme.
Et si on changeait tout ça.
Je tiens mon idée.
J'y suis.
Je rentre.
A grandes enjambées.
Papier, crayon. Hervé m'apporte une radio. France Inter. J'organise la chambre en atelier. Je vais piquer une deuxième table dans une pièce inoccupée. Ca y est, je suis dans mon monde. Je suis bien. Et les trois jours qui suivent vont être géniaux.
