ELEMENTS DE CONNAISSANCE / BIEN-FONDE : ORDRE IDE
Quelques chiffres :
498 162 infirmiers ont fait enregistrer leur DE (répertoire ADELI), dont :
304 674 infirmiers du secteur public,
120 442 infirmiers du secteur privé,
73 046 infirmiers libéraux.
Bref « historique » :
- projets de loi en 1996, 1998, 2003, mai 2005
- plus de 40 associations et syndicats infirmiers (4 ou 6 de libéraux, 40 de salariés) travaillent ensemble depuis plusieurs années à la création d’un ordre IDE
- des Etats Généraux Infirmiers ont eu lieu en 2005 dans chaque région (plus de 34 réunions), puis des Etats Généraux Nationaux
=> la loi du 21 décembre 2006 répond donc bien à un réel besoin exprimé de reconnaissance de la profession !
- On assiste à une lente évolution et émancipation de la profession infirmière. L’infirmière est présente en milieu hospitalier, à domicile, en milieu scolaire, en entreprise, en milieu carcéral, en établissements d’accueil pour personnes âgées, … : la profession occupe une position unique pour disposer de nombreux indicateurs sur l’état de santé de la population, elle doit donc pouvoir exprimer sa vision de la politique de santé, être force de propositions en matière de santé publique, peser de façon efficace sur les politiques de santé !
- La France est le 19ème pays d’Europe après l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, la Norvège, le Portugal, le Royaume Uni, la Suède, ainsi que la Croatie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovénie, et Malte, … à se doter d’un ordre infirmier ! Quant à la Belgique, c’est pour très bientôt !
Au Canada, l’ordre des infirmiers du Québec s’est récemment positionné en faveur de la création d’une spécialité infirmière en psychiatrie, pour des mesures de protection contre l’utilisation abusive des mesures de contention, …
En Angleterre, il est reconnu que la gestion de la douleur, effective depuis des décennies, a été très largement portée par la profession IDE…
L’ordre des IDE espagnoles a été créé en 1977 : l’année suivante, les études devenaient universitaires ; 30 ans plus tard, les IDE françaises sont toujours à bac + 2 malgré 38 mois d’études !
Toujours en Espagne, l’ordre a obtenu le maintien des dispensaires qui a permis d’éviter l’engorgement des urgences hospitalières, et récemment la reconnaissance du diplôme au niveau bac + 4…
Constats :
- Malgré de multiples tentatives de structuration de la profession par elle-même (unions, fédérations, coordinations, collectifs,…), aujourd’hui
4% des infirmières seulement sont syndiquées et 7% adhèrent à une association !
- Depuis plus de 20 ans, notre profession vit une crise identitaire très profonde, qui s’exprime de différentes façons telles qu’une durée de vie professionnelle écourtée, un manque d’attractivité du métier, un manque de représentativité sur les plans national et international, un manque de reconnaissance …
- Absence totale des infirmières dans le rapport concernant le plan national Alzheimer en novembre 2007, et propositions de créer des « assistants de gérontologie » qui n’existent dans aucun pays européen, alors que de nombreux autres pays ont reconnu depuis longtemps que cette mission était partie intégrante du cœur du métier d’IDE !
- La France et 8 autres pays ont été interpelés en mai dernier par la Commission Européenne pour ne pas avoir communiqué les mesures de transposition d’une directive européenne de 2005 relative à la reconnaissance des qualifications des professionnels (visant à améliorer leur mobilité à l’intérieur de l’Europe), couvrant plusieurs professions dont celle d’ IDE…
L’ Etat a 2 mois pour répondre : qui va-t-il consulter pour proposer ces mesures ???
- Absence de protection des droits liés à l’exercice professionnel.
Ex : l’obligation faite aux IDE d’appliquer des prescriptions médicales écrites, signées, datées par le médecin, ne peut se concevoir que si l’IDE peut faire respecter le droit d’exiger du médecin une attitude conforme aux règles professionnelles…
Il existe des vides juridiques quant au contrôle du respect des règles professionnelles, contrôle qui doit s’exercer par les professionnels eux-mêmes et non par des autorités extérieures à la profession !
- risques de « dérives » (compétences confiées à des non professionnels...)
- la majeure partie des décisions échappe aux professionnels concernés, la profession n’est pas consultée…
Intérêts :
L’organisation et le contrôle de l’exercice d’une profession constituent un « véritable service public » ; en créant un ordre professionnel :
- la loi confère à ce dernier la contribution au fonctionnement de ce service public !
- l’Etat laisse la maîtrise de leur profession aux professionnels eux-mêmes (respect de la réglementation professionnelle, qualité des prestations, moyen de représentation auprès des pouvoirs publics).
Intérêts pour l’usager :
Garantir à la population la qualité et la sécurité des soins dispensés par les infirmiers selon des règles déontologiques, recevoir les doléances des patients…
Intérêts pour la profession et les IDE :
- fédérer la profession, rassembler, représenter l’ensemble des professionnels, quel que soit leur secteur d’exercice, sur les plans national et international
=> crédibilité, poids, force,…
- disposer d’un interlocuteur unifié, reconnu, solide, des pouvoirs publics, tutelles, organismes de protection sociale, autres professionnels de santé, organismes internationaux…
afin que nos revendications et positionnements professionnels soient mieux défendus et entendus lors des processus décisionnels, afin de peser voire de décider nous-mêmes de l’orientation de notre métier, d’affirmer notre professionnalisme, nos responsabilités et notre rôle essentiel dans le système de santé…
- confier la gestion de la profession aux professionnels eux-mêmes, auto-régulation de l’exercice professionnel (particulièrement important dans une profession règlementée : protection des professionnels et régulation par les pairs)…
- inscrire la profession infirmière dans une logique identique à celle des professions paramédicales dotées d’un ordre, et à celle des infirmiers des autres pays européens…
- disposer d’une structure de réflexion sur la profession, force de propositions : avenir et place de la profession, évolution de la réglementation professionnelle, formation, questions de santé publique,… et capable de porter une vision infirmière de la santé (prévention, éducation à la santé, relation d’aide,…), des politiques de santé…
- construire une réelle identité professionnelle infirmière ; actuellement, la grande majorité des concepts sont anglo-saxons, nécessité de se doter d’une théorie en soins infirmiers francophones, de développer la pensée infirmière, les savoirs infirmiers…
- contribuer à l’attractivité de la profession (reconnaissance, valorisation,…)
Ce qu’est et ce que n’est pas l’ordre :
Il ne saurait se substituer aux autres organisations existantes car leurs statuts, leurs compétences, leurs objectifs, sont différents :
- syndicats : rôle de défense des intérêts des professionnels tels que conditions de travail, statuts, rémunérations,…Ils pourront d’ailleurs s’appuyer sur des argumentations solides, travaillées avec les associations et l’ordre…
- associations : rôle d’experts, de sociétés savantes, de conseils, selon leur objet…
La clarification de l’identité infirmière qu’il va permettre ne pourra que déboucher sur une meilleure coopération avec les autres professionnels de santé (pour collaborer efficacement, il faut bien se connaître), et sur une réelle complémentarité avec les syndicats et associations professionnelles…
La reconnaissance de la place de chacun est indispensable…
La cotisation :
Elle est indispensable pour assurer l’indépendance de cette structure afin que celle-ci ne dépende donc pas des pouvoirs publics ni de toute autre autorité, et ne subisse pas l’influence, la pression, de ses financeurs !
L’auto-financement est le garant de notre liberté d’expression et de positionnement !
Perspectives, « chantiers » professionnels où l’IDE se doit d’être présente :
- réforme des études IDE et leur intégration dans le système européen LMD, avec enfin, la reconnaissance bac + 3 attendue depuis 30 ans…
- transferts de compétences
- prescription IDE
- validation des acquis de l’expérience (VAE)
- pratiques avancées
- …