La création du statut de l'auto-entrepreneur dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie me laisse pantois et je suis étonné de constater que seul le groupe socialiste de l'assemblée nationale s'y soit formellemnt opposé.
Par ailleurs, le député François BROTTES a adressé début août un courrier aux acteurs du monde économique pour dénoncer les dérives de ce statut avec des arguments auxquels je souscris pleinement: l'illusion d'un entreprenariat facile, le mépris de l'artisanat, la trahison à l'égard des entrepreneurs vertueux et la rupture de confiance entre l'artisan et le client.
Au premier abord, le statut de l'auto-entrepreneur constituait en soi un progrès s'il était provisoire et accompagné de garde-fous pour qu'il ne crée pas de distorsion de concurrence vis-à-vis des artisants en particulier; et c'est là que le bat blesse: comment encadrer cette mesure sans la tuer purement et simplement ?
L'illusion d'un entreprenariat facile n'est pas nouveau et a déjà fait des émules dans l'opinion publique; ayant participer récemment à un forum sur la formation professionnelle à destination des salariés, j'ai été surpris par l'incrédulité des personnes qui projetaient de créer leurs entreprises mais en fin de compte leurs propres emplois, comme si on pouvait s'improviser entrepreneur du jour au lendemain, voir même l'exercer à temps partiel pour améliorer ses revenus, toujours dans l'esprit "travailler plus pour gagner plus".
NON, c'est faire injure à tous ces artisants et chefs de PME qui ne comptent pas leurs temps, prennent des risques, contribuent à la solidarité sociale de l'entreprise, suppléent les lacunes de l'enseignement, paient leurs taxes et engagent leurs responsabilités personnelles !
Faire croire à n'importe qui que l'on peut entreprendre tout en conservant une activité salariée en parallèle est une imposture; tout cela va l'encontre du statut réel d'un chef d'entreprise c'est à dire un statut précaire et contribue à la "fonctionnarisation" du statut de l'entrepreneur.
Au risque de paraître ringard, je pense que la démarche entreprenariale est un sacerdoce: ce n'est pas faire n'importe quoi par n'importe qui mais créer de la richesse, certes pour soi, et aussi pour les autres.
Ce n'est pas encourager les jeunes à créer ou reprendre des entreprises en instituant l'illusion d'un entreprenariat facile; au contraire, il faut qu'ils sachent que c'est un statut ingrat, précaire, constamment sur le fil du rasoir mais tellement enrichissant, à l'opposé de ce monde économique à la fois aseptisé et dérégulé que pressent ce statut de l'auto-entrepreneur !
