Mardi dernier à Vienne, Nicolas Sarkozy, face à des chefs d'entreprise et des élus isérois, a présenté les grandes lignes de son projet de loi sur la modernisation de l'économie.
Je représentais, avec d'autres collègues, mon syndicat patronal à cette table ronde mais je m'exprime ici à titre personnel.
Le président veut combattre les immobilismes et les corporatismes qui minent la société française; certes, la démarche est louable et nécessaire à condition de ne pas favoriser certains corporatismes par rapport aux autres.
Prenons le cas du rôle de la distribution alimentaire dans les prix donc du pouvoir d'achat.
Son analyse consiste à dire que les prix ne baissent pas car les grandes surfaces ne peuvent pas négocier leurs prix d'achat auprès de leurs fournisseurs et par manque de concurrence.
Cette analyse me paraît naîve, voir même archaîque, car ces quelques enseignes de la grande distribution sont plus enclines à faire du profit et "à 's'entendre" sur un certain statu quo; quant à la négociation de leurs prix d'achat, il est à parier que les PME du secteur alimentaire en seront les grandes perdantes car vulnérables face à la puissance de ces grands groupes; en résumé, on nous prépare un système à l'américaine, à la WALMART.
Quant à la concurrence entre enseignes, je ne pense pas que le hard discount y contribue; la plupart d'entre eux appartient à ces mêmes grandes enseignes et n'oublions pas que les produits distribués sont souvent fabriqués hors de France et d'une qualité alimentaire moindre.
En ce qui concerne le commerce de proximité, l'inquiétude est légitime: le commerce alimentaire qui avait déserté nos centre-villes y revient en tant que commerce sous enseigne de la grande distribution et non sous la forme de commerce indépendant.
Liberté de travail
Il souhaite s'attaquer à cet immobilisme: après le "travailler plus pour gagner plus" pour lequel j'avais émis quelques réserves, le président s'insurge contre les interdictions de travailler en dehors des jours et des horaires habituels; pourquoi empêcher un individu de travailler le dimanche pour gagner 2 fois plus?
En soi je ne suis pas hostile à cette liberté mais je m'interroge sur les dérives possibles et sur l'impact sur l'activité économique comme si le fait d'ouvrir les magasins le dimanche contribuerait à aller chercher un point de croissance supplémentaire alors que le pouvoir d'achat n'est pas extensible.
La dérive pourrait atteindre la mère de famille seule élevant deux enfants avec un emploi partiel à qui l'on proposerait de travailler le dimanche pour arrondir ses fins de mois: aura t-elle la liberté de dire non à son employeur si cela lui pose des problèmes insurmontables d'organisation?
Le seul point évoqué par le président qui retient mon soutien est son analyse sur les perspectives à moyen terme: il faudra travailler plus pour assurer un pouvoir d'achat en progression et allonger sa carrière professionnelle pour assurer l'équilibre du système des retraites. Il faudra également intégrer la pénibilité du travail à cette réflexion ainsi que la formation professionnelle qui permettra à des personnes de poursuivre une activité dans un autre domaine.
Quant à son couplet sur les 35 heures, "seule invention pour laquelle il n'y a pas eu besoin de déposer un brevet par crainte de se la faire piquer", force est de constater que cette boutade est malheureusement pertinente; si les 35 heures ont constitué une avancée sociale à une époque, il est clair qu'elles constituent désormais un immobilisme néfaste pour le maintien de notre pouvoir d'achat dans la perspective de notre environnement international et l'intensification de la création de richesses qui permettra de préserver notre "exception française".
