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Ma photo
L’automne au printemps
Mon bloc perso.
Souffler des mots comme on souffle du verre, des larmes solides, fragiles et transparentes, toutes sœurs et toutes différentes, abandonnées au regard, à l’émerveillemen t, ou au piétinement du monde.

Souffler des mots comme au théâtre, parce que celui qui sait est caché.

Souff ler des mots comme on fait des bulles de savon, pour jouir de la beauté du trois fois rien, pour rire des prisons d’air, pour tenir le petit flacon de plastique jaune, pour perdre du temps à en gagner.
Publié le 23 février 2007
Par Pirlipit

Le regard de ma mère fut happé par l’image de sa fille morte, allongée derrière la vitrine d’une chambre mortuaire pour notre visite. Elle se mit aussitôt à hurler : « Mon bébé ! C’est mon bébé ! C’est mon bébé ! C’est mon bébé ! C’est elle ! Je la reconnais ! C’est mon bébé… ». Tout son corps s’était raidi. Légèrement penchée vers l’arrière, elle était figée dans une posture portant la marque du coup qu’elle venait de recevoir, et à cause duquel elle ne se tiendrait plus jamais vraiment droite. Elle serrait les poings à la hauteur de son visage contracté, lui aussi rejeté en arrière, et elle ne pouvait détacher les yeux de son enfant mort. Puis sa voix s’effondra et fit place aux seuls sanglots. Je pleurais aussi, écrasée tant par mon chagrin que par le sien.

Tout à ma propre douleur, je ne pus m’empêcher d’être surprise par ses paroles. Par le fait qu’elle appelait « mon bébé » une jeune femme de trente-quatre ans.

Et tandis qu’à côté d’elle, je subissais également le choc de cette vision, le souvenir de mon enfant perdu s’imposa à ma conscience. Alors je compris la douleur de ma mère. Cette fille dont elle ne pouvait plus à présent douter qu’elle était morte, puisqu’elle se tenait devant son cadavre, on la lui arrachait du ventre. On la lui prenait. On lui causait la plus grande douleur qui puisse être infligée à une mère.

Je pensais à mon enfant perdu, juste un instant, puis le visage de ma sœur emplit tout l’espace, tout mon esprit, toute ma capacité de résistance face à la mort. Nous ne pouvions plus rester dans cette pièce. Nous sommes sorties et avons rejoint mon frère qui nous attendait dans le couloir.

Plus tard, je me dis que finalement, non, je ne comprenais rien à la douleur de ma mère. Car, elle, son enfant, elle l’avait tenu contre son sein. Elle l’avait serré contre son cœur et dans ses bras, l’avait embrassé, l’avait porté, guidé, soutenu. Elle avait osé un jour lâcher sa main, et accepter de ne la tenir plus que par le regard et la pensée. Elle avait fait tous ses gâteaux d’anniversaire. Elle avait tricoté ses premiers pulls et cousu ses premières robes. Elle avait reçu ses cartes « Bonne fête maman » encore maladroitement écrites et coloriées à l’école. Elle lui avait malencontreusement coupé le doigt en découpant du papier crépon pour faire des guirlandes de Noël avec ses enfants. Elle avait vu sa fille de six ans sortir du car qui la ramenait de colonie de vacances en pleurant toutes les larmes de son corps et en hurlant « Maman ! » comme si elle avait cru devoir ne jamais la revoir. Elle avait joué avec elle aux petits chevaux et à la bataille. Elle lui avait fait du pop-corn, du Jock et des flans aux couleurs pastel dans des tupperwares, avec un petit cœur ou une petite étoile en relief sur le dessus. Elle l’avait emmenée à la piscine des millions de fois.

Moi je n’ai rien fait de tout cela. Si j’ai un jour le bonheur d’être mère, puissent mes enfants me survivre et m’épargner la douleur de leur perte. Même si, pour cela, ma disparition doit leur déchirer le cœur.

Les commentaires
Publié le 26 février 2007
Par joyce
mes sentiments sont partagés ..
je comprends et suis d'accord que les douleurs
ne sont pas les memes...mais je pense aussi
qu'elles peuvent etre aussi fortes pour ta maman
comme pour toi : oui elle a vécu avec sa fille , bébé,
enfant ,ado, femme ....donc plein de moments riches
de bonheur avec elle mais aussi avec toi et ta soeur,
donc toute une vie.
je comprends aussi tellement ta douleur et comment
dire, ta manière de ne pas comprendre en te disant,
que les moment qu'elle a vécu , si court soient-ils ,
c'est bon pour elle.Et je t'entends tellement quand
toi tu dis , moi je n'ai pas eu tous ces menus plaisirs
avec mon enfant.Meme en l'écrivant , j'en ai la chair
de poule...
je pense que malgré tout ça les douleurs ne sont pas
mesurables et qu'un enfant depuis sa conception
est fragile et pour toujours pour une mère , pour
un père.
je te souhaite le meilleur
Publié le 16 avril 2007
Par Pirlipit
Merci Joyce, je vois que tu as posté ce texte il y a plus d'un mois et demi... je n'ai pas le temps de venir ici très souvent en ce moment... Je ne suis pas prête à écrire le texte Morgue (2), parce qu'il ne parle que de la mort, et en ce moment, mes pensées vont plutôt vers la vie. Pour le texte Morgue (1), c'était plus "facile" (si j'ose dire, bien sûr que ça ne l'était pas) car il parle de la mort mais aussi de la vie. Merci d'avoir compris cela.
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