La demande d'effort est rappelée souvent. Dès son introduction, la présentation du "Socle commun des connaissances" souligne que son acquisition supposera de la part des élèves "des efforts et de la persévérance".
Ce "rappel" est-il une manière de dire "en creux" que l'école n'aurait peut-être pas suffisamment sollicité les efforts de ses élèves ?
Ou une façon de dédouaner à l'avance l'enseignant d'un échec éventuel ? (Pourtant le "Socle commun" se veut aussi le "contrat de garantie" d'un savoir minimum sans lequel aucun élève ne quitterait le système scolaire).
On nous décrit volontiers une société de la facilité où la télévision et les aliments surgelés viendraient alimenter la paresse individuelle et collective.
La persévérance est à ce point compromise que la télécommande qui évite tout déplacement invite à l'inconstance en favorisant le "zapping" .
Internet avec son fameux "surf" favorise cet art de glisser d'information en information sans entrer dans la profondeur des choses...
Même si... il faudrait peut-être s'y arrêter, il se construit certainement de nouvelles compétences dès lors que ce "surf" s'effectue à bon escient et sait tisser une autre vision du Monde, peut-être pas méprisable...
Même si... au delà de cette vision nous ne devrions pas oublier à l'école, les efforts "pour vivre" dans leur quotidien de classes sociales confrontées à de vraies difficultés matérielles...
La curiosité que nous avons du Monde et des phénomènes nous conduit souvent à des explorations longues et couteuses en temps, en énergie... en efforts : le jeu, la passion pour un domaine, la spécialisation qu'elle soit sportive, culturelle ou scientifique peuvent engager au dépassement, à des formes d'addictions jubilatoires ou excessives...
Le problème de l'effort et de la persévérance c'est l'écart entre la dépense d'énergie et le résultat... Pire encore, c'est admettre parfois la vanité ou l'inutilité de certains efforts qui n'auront pas donné de résultats...
La problématique de l'effort est celle de la part de souffrance supportable ou acceptable que l'on demande aux individus.
Celui qui a "des facilités" réussit en dépensant moins d'efforts que l'autre.
Ces facilités tiennent peut-être au hasard génétique, mais l'histoire individuelle et sociale de chacun joue beaucoup.
La Loi d'ailleurs intègre l'idée : celle du 11 février 2005 et qui concerne le handicap, l'égalité des droits et des chances... invite l'Etat à compenser les manques. Il s'agit de répondre aux besoins individuels tout en aidant à la définition et à l'accompagnement des projets individuels.
Une autre problématique est celle du "sens de l'effort": il faut comprendre ce que l'on fait ou à tout le moins mesurer qu'il y aura une "récompense" au bout de l'effort.
Nous connaissons aussi cet étrange conditionnement : l'entrainement à l'effort conditionne l'individu au point parfois de le rendre "dépendant" à l'effort. Celui qui fait "l'effort" de courir ou de nager chaque matin verra son corps "réclamer" de l'effort... on s'habitue à l'effort et dès lors qu'elles sont pratiquées régulièrement les gammes deviennent plus douces.
"La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt" , "No pain, no gain"... les dictons qui appellent au courage ne manquent pas.
Compétition contre soi même, la demande d'effort peut aussi apparaître comme un reproche insidieux de ce qui fonde une identité initiale ou une manière d'être dont il faudrait se départir (une culture, une naissance, des habitudes de vie...).
Renoncer, gagner ?
Faire des efforts c'est se poser en individu. C'est accepter les règles communes, la patience, c'est faire et pouvoir refaire.
La demande d'effort c'est pouvoir "négocier du temps" ou entrer en conflit avec un Monde où le temps s'accélère.
Le travail souvent imparfait de l'artisan, c'est notre impatience qui l'a engendré.
Le développement de l'effort suppose de pouvoir inscrire l'action dans le temps . Cela ne veut pas dire "renoncer à agir tôt" mais se ménager du vrai temps utile, penser la durée... la continuité.
C'est aussi accepter ce dialogue avec l'imperfection (le mieux est l'ennemi du bien) ... c'est choisir sur "quoi on fera porter ses efforts"...







