Le
BO du 17 octobre attire notre attention sur les élèves intellectuellement précoces.
La circulaire pose un ensemble d'obligations en matière d'information, de formation, de dépistage et de réponses à apporter...
Le sujet reste particulièrement sensible et ce d'autant plus qu'il est l'objet d'une médiatisation très forte.
L'élève précoce existe dans tous les milieux et par son comportement peut sembler mettre l'ordre scolaire en cause. Il s'oppose souvent à une vision étapiste des apprentissages. Sa relation à la connaissance surprend, déstabilise .
Certains maîtres tendent à minimiser la problématique en laissant entendre que la seule vraie priorité est l'élève en difficulté d'apprentissage, celui qui "comprend mal" et aurait besoin d'aide souvent pour des raisons d'origine sociale et culturelle.
Une confusion reste entretenue de manière implicite entre la précocité et la richesse culturelle que permet un milieu socio -culturel favorisé.
Il est vrai que dans un milieu socio-culturel favorisé l'enfant précoce pourra trouver des terrains d'expression de sa soif de connaissance alors que dans d'autres conditions cela lui sera souvent plus difficile... mais il faut bien comprendre que l'intellectuellement précoce existe également dans tous les milieux.
Il est d'ailleurs probablement encore plus difficile à l'élève précoce scolarisé dans le cadre de l'éducation prioritaire d'être reconnu parce que les manifestations de son comportement peuvent se conjuguer à d'autres problématiques partagées avec ses camarades.
De même, la stimulation apportée dans un contexte favorisé à un enfant, peut laisser croire aux parents que l'enfant est précoce alors qu'il témoigne de bonnes compétences, d'une vive curiosité, d'un bon niveau de langage... mais au final rien que l'on pourrait qualifier "d'exceptionnel".
Notre regard est également brouillé par l'idée d'une échelle de l'intelligence qui pour certains supposerait une hiérarchie entre individus... D'aucuns n'ont pas hésité dans leurs écrits à prôner un modèle de société où l'élite de l'intelligence supérieure guiderait le peuple... des clubs très fermés réunissant des personnes au "super QI" continuent d'exister et ils ne sont pas sans ambiguïté ...
La mesure du QI elle même est l'objet de bien des critiques... Que mesure-t-on vraiment ?
Il nous faut donc entendre ces critiques, mesurer la difficulté de mesurer l'intelligence, mais aussi s'accorder sur le fait que des élèves peuvent s'exonérer des progressions habituelles et des étapes que nous imaginons pour un élève "moyen" (expression hautement réductrice).
Il faut que l'adulte accepte aussi, même en position d'enseignant, d'avoir des élèves qui n'en savent pas forcément plus que lui, mais peut être comprennent "plus vite" ou "autrement les choses" et peut être mieux que le maître lui-même...
La question est d'importance et ne mérite aucun mépris.
Aider l'élève intellectuellement précoce à pouvoir retrouver l'estime de lui même, à trouver sens et intérêt dans ce que propose l'école est une tâche nécessaire pour l'élève lui même mais qui peut également nous interroger dans nos pratiques pour tous les élèves.
C'est à la fois du côté du sens, de l'intérêt de ce que nous proposons, de la relation au savoir et des différents chemins qui mènent à la connaissance qu'il faut creuser...mais c'est aussi du côté de la stimulation, de la richesse des propositions que l'école est en mesure d'apporter.
Cela ne s'oppose pas à la nécessaire structuration, à la mise en place des repères, aux entrainements systématiques... mais nous engage plus largement à nous poser un ensemble de questions sur ce qui se passe face à la connaissance nouvelle...
La circulaire annonce "chaque fois qu’un élève manifeste un mal être à l’école ou au collège, un trouble de l’apprentissage ou du comportement, ou simplement que ses parents en font la demande, la situation doit être examinée sans attendre, et les éventuelles mesures adaptées doivent être prises."
Bien entendu des protocoles et une bonne information devront être instaurés : tout élève agité n'est pas précoce... mais tout élève qui peut-être mériterait une attention particulière devrait ne pas échapper au bon regard professionnel du maître...
Il faudra sans tabou mais sans mépris aucun dialoguer avec les familles...
Peut être également, en termes éthiques, nous rappeler que notre mission qui est d'enseigner, de transmettre ce savoir exigé par la Nation (le socle commun), c'est aussi de permettre à chaque élève de révéler son ou ses pôles d'excellence.
Toutes ces différentes formes d'intelligence sont autant de potentialités admirables.
Nous devons avoir confiance en cette richesse formidable qui ne demande qu'à se développer, être stimulée... il suffit d'observer comment le très petit allume son intelligence au contact des stimulations que nous lui proposons.
Cette beauté là, cette valeur de l'intelligence mérite d'être développée. Nous devons promouvoir une société de l'intelligence, ce qu'Edgar Morin nomme quelque part "la démocratie cognitive".
L'école a la chance de surcroit de montrer que l'intelligence de l'un croisée avec celle de l'autre nous permet à tous d'avancer et de progresser individuellement et solidairement.
L'intelligence se multiplie par le partage.
A l'école, il y a toutes ces choses à apprendre mais aussi cette révélation à provoquer parce qu'elle n'est pas connue de tous à sa juste mesure : tu es intelligent, le savais-tu ? Et si cela se mêle à ta personne pour fonder ta personnalité, tu possèdes en toi cette fameuse richesse qui ne s'use que si l'on ne s'en sert pas... N'en ayons pas peur !