Nous entendons souvent des enseignants reprocher l’attitude de parents qui « intrusifs » et de plus en plus « consommateurs », exigent que l’école « rende compte ».
L’exercice d’une professionnalité suppose qu’elle puisse construire sa culture et ses modes opérationnels sans avoir le sentiment d’avoir à se justifier ou d’être jugée dans une logique de soupçon permanent…
La confiance se tisse en réseaux complexes, horizontaux, verticaux, externes, internes…
Mais tout en préservant l’idée que l’école française reste une Institution organique de l’Etat, qui « fabrique du lien social » en inscrivant tous ses acteurs dans la logique républicaine et laïque, est-il illégitime de concevoir d’avoir « à rendre compte » ?
Certes l’Institution elle même dispose de contrôles internes… Peu à peu des contrôles externes s’élaborent : loi de finance, PISA…
Les textes définissent de nombreux aspects où il faut rendre compte aux parents, aux citoyens, à la collectivité ou à la représentation nationale comme à l’Institution.
C’est dans la nature du contrat qui lie le fonctionnaire à l’Institution dont il est membre lui même – ce qu’il oublie parfois- . Chaque fonctionnaire étant investit à son niveau d’une part de ce pouvoir institutionnel légitimé par les textes.
Toute évolution peut être subie ou choisie.
Subie, elle devient au mieux concession, tolérance plutôt que démarche emportant l’adhésion. Critiquée, l’évolution semble devoir être dénoncée comme un renoncement et l’on se réfère volontiers à un passé alors présenté comme « meilleur » et regretté… Age d’or que chacun construit et reconstruit selon son histoire…
Choisie, elle peut devenir une construction volontaire et active où la professionnalité, « reprenant la main », ose « donner à voir » et ne s’interdit pas de céder un peu de pouvoir pour « rendre lisible ses pratiques » et impliquer les différents partenaires pour en faire plus des acteurs que des consommateurs.
Donner à voir au public de la multiplicité de ses actes professionnels, ce n’est pas « se justifier », c’est apporter la preuve que l’argent public est employé au mieux et que l’engagement de tous est réel.
Certes, comme dans la classe où l’élève qui travaille peut être sifflé par ceux qui préfèreraient s’enferrer dans le « non faire » ou le « ne changeons -rien surtout », l’action prend le risque de déranger l’ « habitus », mais elle peut aussi créer de l’innovation ou engager, rassembler, tisser du lien ne serait-ce que par les interrogations qu’elle fédère autour du projet.
Fonctionnaire et professionnel, l’enseignant de service public n’exerce pas un métier comme les autres. Il a par son éthique, à témoigner de la noblesse d’un service public qui ose dire ce qu’il fait et pourquoi il le fait en situant ses procédures dans le cadre institutionnel. Non pas seulement au service des élèves, mais au service des futurs citoyens dans le cadre républicain.
Certes, on peut craindre des dérives : effets d’affichage, compétition malvenue.
Mais c’est justement parce que le « fonctionnaire enseignant » inscrira son action dans le cadre des textes qu’il montrera comment il met en œuvre la volonté du législateur.
Autrement dit, il s’agit de donner à voir l’effet des choix politiques, peu importe ces choix, pour montrer que l’Institution est aussi un objet de la démocratie.
Enfin, c’est par ce témoignage actif d’une Institution qui n’aura pas peur d’énoncer la complexité et la nécessité d’une professionnalisation que l’on pourra mieux mobiliser les parents, citoyens de l’école.







