Inscrite dans la Loi de programmation et d'orientation pour l'avenir de l'école, au coeur du socle commun comme des programmes dès l'école maternelle affirmée elle-même "école de la réussite"... sommes-nous tous parfaitement au clair avec cette idée de la réussite ?
Car à la réussite scolaire s'articule très vite la réussite sociale et personnelle et ses modèles sociaux, culturels, politiques...
En écho, la réflexion de collègues qui s'impatientaient un peu que l'on somme via la loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005, les personnes handicapées de "définir un projet de vie" et d'avoir à en rendre compte ... comme si sans projet elles n'étaient pas... comme si elles devaient encore cet effort, cette justification pour gagner le droit à la compensation offert par la Société...
Chacun se définit-il réellement un projet de vie ?
Comme le dit François Housset sur son blog "On peut réussir quelque chose à partir du moment où l’on sait quoi : il est possible de réussir sa sauce béchamel, parce qu’on sait ce qu’est une sauce béchamel et comment la préparer. Mais ça se réussit comment, une vie ?"
On le voit bien, la réussite ne se délimite pas non plus à l'atteinte d'un "minimum exigible".
Ce minimun n'étant jamais qu'un palier pour l'étape suivante...
La compétence même certifiée n'est pas seule à construire la réussite...
A l'école, nous ne pouvons pas fabriquer de la réussite sans "valeurs"... Un jeune qui réussit c'est probablement un jeune qui peut choisir son destin, son métier, choisir d'exercer une vie choisie librement et vivre d'opportunes rencontres... mais dans un Monde de plus en plus complexe qui se sent en danger, pour certains la réussite n'est qu'une fuite en avant si elle ne se construit pas avec les autres...
Equilibre incertain entre l'effort minimum et l'insatisfaction chronique, la réussite s'articule sur un moteur bien étrange... Vivre en conscience, comprendre, donner du sens... peut-être juste grandir, s'émanciper de... apprendre à la fois la solidarité et assumer son unicité. Partager et prendre sa place,une place originale dans le Monde...
C'est déjà subjectivité de s'affirmer ainsi...
Combien de maîtres doivent-ils faire réussir leurs élèves alors qu'ils ont le sentiment de ne pas avoir réussi eux-mêmes ?
Quelles projections parentales tentent d'enfermer leur progéniture dans un destin en réalité toujours imprévisible.
Enfin, si 'l'on entend "réussir" sa vie, ce serait supposer que des vies sont ratées, c'est à dire inutiles au Monde et que la résilience resterait Utopie...
Il est pourtant des vies ratées dont fusèrent des oeuvres sublimes !
Qui oserait dire que Rimbaud a raté sa vie ?
peut-être alors, l'une des missions étranges de l'école, au delà des outils indispensables à donner à chacun pour qu'il puisse choisir seul et fonctionner en autonomie, ce serait l'aptitude à révéler la singularité, le talent caché, la petite différence, le plus... que chacun porte en lui-même...







