Le site dédié aux enseignants "Nous.Vous.Ils" consacre une fiche "pratique" à la gestion des parents envahissants .
Si les constats faits évoquent une réalité bien connue des maîtres qui perçoivent certains parents comme intrusifs, si l'article rappelle que par ailleurs d'autres parents restent singulièrement absents, il reste un peu court à propos des causes et du travail à mener par les enseignants en direction des parents.
C'est la posture défensive qui est ici de mise où il s'agit tout à la fois de marquer son territoire "physique" (la classe) et professionnel.
La réaction n'est pas illégitime, mais elle devrait être vue peut-être dans un contexte plus large, en intégrant la complexité du problème.
On sait bien qu'une fois redevenus parents, nombre d'enseignants ne sont pas les derniers à vouloir savoir quel enseignement est dispensé à leurs propres enfants, à rechercher la meilleure qualité supposée et finalement à "consommer" à leur tour de l'école.
Dans un monde où la communication domine, il serait intéressant d'analyser ce que l'école choisit de donner à voir d'elle même, ce qu'elle accepte de dire sur ce qu'il se passe en classe...
Par ailleurs, en termes de stratégie, il semble plus efficace d'oser aller vers les parents plutôt que de les contraindre à "enquêter" ou "espionner" pour obtenir de l'information.
Probablement les enseignants devraient-ils davantage communiquer sur les programmes, les contenus à travailler : le socle commun des connaissances et des compétences devrait être cet outil parce qu'il a l'intérêt de ne pas figer les compétences à atteindre dans des "connaissances" strictes mais aussi des attitudes, parce qu'il entend une attention portée à chacun en situant le projet individuel dans le projet commun et les grands choix de la Société.
L'école doit réfléchir à la façon dont elle met du sens sur les apprentissages.
Accueillir les parents le matin en classe maternelle c'est intéressant : mais n'est-ce pas se piéger professionnellement si l'on donne seulement à voir l'image d'un aimable libre service où les enfants jouent, dessinent sans contrainte... ? Le jeu a pourtant sa pleine place et paradoxalement mérite peut-être plus d'intimité, mais ce moment pourrait judicieusement donner à voir des travaux menés la veille par l'élève ou le groupe.
En élémentaire entre quelques réunions institutionnelles et deux ou trois rendez-vous, de quels échos dispose réellement le parent d'élève sur ce que son enfant apprend, les progrès, le projet à construire... ?
Cela suppose évidemment une capacité à parler "en vrai" des compétences des programmes, en ne confondant pas la personne et ses résultats. Cela suppose de se départir de la moyenne globalisante et de ne pas voir que les parents des élèves en difficulté.
Pour être efficace, l'école doit être sincère lorsqu'elle parle de co-éducation. Cela lui permettra aussi d'impliquer les familles en leur donnant ou redonnant "à faire" y compris dans le terrain des apprentissages : l'école n'est plus le seul lieu où l'on apprend et si "au dehors" on n'apprend pas toujours comme elle le voudrait, il lui est impossible d'imaginer tout gommer et de se laisser croire qu'elle pourrait fonctionner avec des cerveaux vierges faisant tabula rasa du vécu des élèves...
Les parents ("on choisit pas sa famille, on choisit pas ses parents " dit une chanson) doivent être vus d'abord comme des citoyens dignes et parents de plein droit . Les enseignants n'ont pas à juger les parents de leur propre point de vue selon leur modèle éducatif propre (de même les parents s'ils voient "l'enseignant" doivent apprendre à ne pas l'enfermer dans le stéréotype du fonctionnaire avide de vacances et de privilèges).
Entre l'école et eux, c'est à l'école que l'on trouve les professionnels de l'enseignement, mais pas des professionnels figés sur un "savoir supérieur" , des professionnels qui travaillent en équipe, construisent une expertise et exercent une responsabilité professionnelle qui s'inscrit toujours dans les choix Institutionnels.
Une nouvelle logique est à inventer.
Au supermarché , je suis consommateur : je ne dispose pas d'espace de vraie discussion avec le commerçant ni sur les choix formels, ni sur les produits... si mon choix est contraint par les aspects économiques, je peux garder un peu de libre arbitre et changer de boutique si elle ne me convient pas. Si besoin je ferais appel à mon association de consommateurs.
L'école peut m'enfermer dans cette attitude si elle ne m'implique pas en tant que parent et ne m'explicite pas le mystère de ce que l'on apprend et pourquoi on fait ainsi.
Les nouveaux textes parus cet été 2005 ont précisé comment certaines modalités d'échange et de rencontre devaient être définies, mais il serait probablement pertinent que chaque projet d'école envisage une stratégie positive et constructive pour permettre un vrai travail de co-éducation partagée.
Encore un changement de culture !







