J'avais l'autre jour entre les mains, un ouvrage par ailleurs intéressant je crois dirigé par A.Bentolila et titré "Profession parents".
En réalité n'y a-t-il pas malentendu lorsque nous évoquons ainsi "le métier de parent" ?
Parce que justement, pour être parent, il ne faut aucun diplôme. Et c'est encore heureux.
La société fixe y compris par la Loi un ensemble de droits et de devoirs.
Cependant, prenons garde lorsque nous érigeons des principes en préceptes, construisons peu ou prou et non sans petite morale, une sorte de "parent modèle" dont nous attendons qu'il soit conforme et peut-être favorise la conformité de l'enfant au modèle scolaire.
Il me souvient avoir travaillé, il y a longtemps, sur des cahiers journaux d'instituteurs au temps de Jules Ferry, où l'on voyait que des maîtres racontaient comment il leur fallait lutter contre l'absentéisme scolaire, ou comment tel instituteur soustrayait les enfants à leurs familles le dimanche pour les conduire pour des visites éducatives, histoire de les éloigner de milieux où l'alcoolisme faisait des ravages.
Plus tard, des grands mouvements associatifs allaient d'ailleurs proposer des loisirs "éducatifs" où de fait on allait substituer à des carences éducatives ou sociales des propositions qui allaient permettre souvent à des enfants de vivre de belles expériences dans des cadres structurés...
Mais aujourd'hui la tentation est grande d'ériger un modèle pour certains impossible à atteindre.
On entend en salle des maîtres, on lit dans des articles, des conclusions à l'emporte pièce où nombre de préjugés étiquètent là les familles monoparentales, ailleurs les familles recomposées, ici tel milieu social accusé tantôt d'être "bobo" ou incapable de gérer l'éducation des enfants.
Certes, la responsabilité individuelle n'est pas à dénier, l'origine sociale qui joue un rôle n'excuse pas tout... mais méfions nous lorsque nous considérons l'enfant au prisme de sa famille ou de ce que nous supposons en connaitre.
Si nous devons différencier et diversifier notre regard, nous devons rester neutres et équitables. A chacun le même droit à l'accueil, à l'explicitation, à l'accompagnement.
Pour tous l'idée que non, le parent n'est pas "professionnel" mais le monde enseignant oui. Il faut donc aussi penser professionnellement la relation aux familles.
Nous n'avons pas à concéder la co - éducation ou à la baliser à l'aune de nos propres représentations.
Elle est de droit.
Il nous faut aussi apprendre à faire oeuvre de pédagogie en direction des familles. A négocier.
A décoder leur point de vue.
Notre langage, nos rites, nos exigences sont hautement ésotériques pour ceux qui n'en possèdent pas les clés.
La question est complexe.
L'enseignant est souvent lui même parent et quand il le devient à son tour ou quand il "exerce" en tant que tel , terriblement exigeant et craint parfois de ses collègues.
Apprendre les parents, leur conserver et veiller dans l'esprit de laïcité, à leur conserver égale dignité, partager réellement avec eux la co- éducation pour permettre aussi au jeune de s'émanciper et de choisir sa voie, même si cette voie n'a été envisagée ni par ses parents, ni par ses maitres... où l'on voit qu'un savant dosage est à construire entre implication, décodage et bonne distance.
L'enjeu n'est pas négligeable dans une société qui cherche sa voie entre individualisme et solidarité.








