Notre enseignement est victime du mille-feuilles, de l’empilement des connaissances, des petites boites à savoir juxtaposées…
A l’école primaire plus qu’ailleurs nous ne pouvons dans le même temps relever le niveau d’exigence, étendre les champs des connaissances, assurer les savoirs fondamentaux si nous ne concevons pas notre travail comme une tapisserie de haute lisse où se croiseront trame et chaîne.
Le maître est celui qui construit et tient le métier à tisser de sa professionnalisation et de la construction des apprentissages dans la classe.
D’aucuns ont cru que l’approche thématique faussement confondue avec la polyvalence « fourre-tout » allait pouvoir répondre à ce besoin de servir tous ces nouveaux domaines ou ces connaissances élargies : mais elle est souvent prétexte et se contente de glisser un décors fixe sous des notions à traiter…
Le sens ne se construit pas de ce jeu factice.
L’approche transversale et la métaphore du métier à tisser semblent plus pertinentes.
Ainsi la maîtrise de la langue se tisse-t-elle d’un domaine à l’autre, tout comme l’usage des TIC se croise avec les besoins recensés dans chaque domaine.
Redondance et croisement et nous le verrons plus loin explicitation du projet attendu.
Ce croisement n’est pas aléatoire, il est structurant, fait de repères, il est pensé et programmé, construit.
Les exercices peuvent même parfois sembler répétitifs quand il s’agit de « tasser le fil », ou d’avoir des exigences formelles. Le savoir faire s’assure aussi dans la reprise, la concentration, la correction du geste, la régularité (respect des règles comprises dans un souci « qualitatif » et non pas seulement normatif).
Je file la métaphore plus loin en ajoutant que l’enjeu est encore de produire par acculturation un objet commun : le patrimoine. Produit du tissage collectif.
La classe rassemble des élèves réunis autour du projet d’apprendre, projet qui donne un savoir nouveau, identifié et émancipateur.
A l’école l’élève n’est pas seul. Interactions.
Regards croisés. Vicariance. Copier c’est savoir refaire mais il faudra aussi savoir dire comment et pourquoi.
Le métier à tisser c’est l’outil professionnel du maître : la trame s'incarne dans les compétences visées, la chaîne les activités proposées. Ainsi le maître croise, relie, veille à la régularité…
Différencier et relier c’est le travail du maître qui veille sur chacun confortant l’estime de soi et les apprentissages.
La classe en est le cadre, forcément austère.
La connaissance n’a pas besoin de motivation externe factice fondée sur ce que l’on pressentirait de l’intérêt des élèves, de la mode ou de l’actualité.
Le maître sait intéresser l’élève à une suite de nombre étonnante, la comparaison de deux objets apparemment semblables, les mystères d’une orthographe que l’on croyait issue du seul hasard, les secrets d’un texte résistant.
Le métier à tisser contraint l’élève à se concentrer sur un espace donné, à se poser des questions et travailler sur l’objet à atteindre, un nouveau savoir…
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas d’espaces possibles en dehors du cadre ou que l’on puisse tisser à partir d’une figure imposée de nouvelles figures, enrichies d’apports, de perles…
Enfin, la « navette » du métier à tisser, n’est pas seulement l’outil qui glisse d’un bord à l’autre… Le « lance-navette » en classe, c’est la parole, l’explicitation qui accompagne le geste ou l’essai… C’est le va et vient de la navette qui explicite et justifie et construit en classe de la rationalité, c’est ce va et vient de la navette qui permet au maître de mesurer le cheminement de la pensée de chacun de ses élèves.
L’erreur repérée c’est un savoir en construction, une variable didactique imprévisible sur laquelle la pensée a buté.







