Publié le Jeudi 24 août 2006 à 10:39
Par Vincent Breton
En 2006, 81,9% des candidats au baccalauréat ont été reçus .
L'objectif de 80 % d’une génération accédant au niveau du baccalauréat avait été inscrit dans la loi Jospin en 1989. Il fut repris en 2005 par la Loi Fillon qui lui ajouta celui de 50 % de diplômés de l’enseignement supérieur
Il s'entend à présent que le diplôme se dévalorise.
La rareté est associée à la richesse dans notre modèle économique... mais ce serait ici oublier les potentialités, l'éducabilité de tous, l'émancipation de son destin que doit permettre l'école...
Jean-Louis Auduc rappelait il y a quelques années dans "Les institutions scolaires et universitaires" (Education 128 - Nathan Université) combien le "curseur" s'était déplacé en peu de temps et justifie en cela le terme de "massification" de l'enseignement.
En effet, en 1960, un élève sur deux seulement atteignait la classe de 6ème.
Imaginerait-on aujourd'hui cela en voyant une classe de CM 2 ?
Certes les autres allaient vers le certificat d'études mais tous ne l'obtenaient pas...
[Je me souviens avoir fait passer le dernier certif à la fin des années 80, il était nécéssaire à de jeunes adultes qui présentaient des concours... mais le niveau de nos candidats était inférieur à celui de nos élèves de cm2...]
En 1980, le curseur était monté au lycée : un élève sur deux rejoignait la classe de seconde.
En 1990, un élève sur deux seulement obtenait le baccalauréat.
En 1997, un élève sur deux obtenait bac + deux.
La même année, six jeunes sur dix étaient détenteurs du baccalauréat et un actif sur quatre seulement disposait du baccalauréat
Le baccalauréat fêtera son bicentenaire en 2008.
Au delà de la question de son éventuelle réforme, se pose avec force la question des 150 000 jeunes qui quittent chaque année l'école sans diplôme... et probablement sans réel projet.
Avec la mise en place
du socle commun des compétences, nous touchons la problématique des contenus, des champs disciplinaires, du niveau d'exigence et de l'évaluation.
On peut choisir un modèle qui élimine au fur et à mesure pour n'en garder que quelques uns "au sommet", ou un modèle qui s'appuie sur les réussites de chacun et envisage un parcours tout au long de la vie.
Ce que tu n'as pas réussi aujourd'hui tu l'essaieras demain : nous allons chercher le maximum de clés pour t'aider, dont celle de la mise en confiance pour que tu t'engages dans l'effort. Effort qui n'est en rien l'ennemi du plaisir pourvu qu'on lui donne un sens, une direction...
Chacun changera de métier au moins deux à trois fois dans sa vie.
Cette adaptation permanente aux évolutions, suppose une vision qui ne soit pas seulement utilitariste des connaissances : ce serait l'occasion de donner meilleure place aux humanités, à la Culture, à la langue et de réfléchir aux ponts entre les différents domaines. Notre monde a besoin d'éthique et le spécialiste ne saurait travailler en vase clos. Le biologiste a besoin d'être philosophe, le mécanicien informaticien, le vendeur assez cultivé pour répondre aux aspirations de sa clientèle et surtout chacun pour son épanouissement personnel doit pouvoir enrichir son quotidien au delà des standards commerciaux d'une culture télévisuelle éprouvante faite pour occuper "son temps de cerveau disponible" comme l'avouait un jour Le Lay de TF1.
Se donner des valeurs, donner de la valeur à... montrer en quoi le savoir est savoureux... comment certaines oeuvres nourrissent mieux que d'autres... c'est donc les faire goûter et accepter l'idée "qu'on en redemande"... choix et chemins difficile dans ce monde d'urgences mercenaires et de cris.
Peut-être aussi nous faut-il dès la petite école redonner pleine force à la capacité d'émerveillement (sur ce qui est beau, ce que dit l'essai), à la capacité d'étonnement et de questionnement, au langage comme témoin d'une intelligence en action...
Le diplôme doit être vu non comme un but, mais une clé pour aller plus loin... Savoir doit donner un peu de pouvoir, non pas sur les autres mais sur soi et sa compréhension de la complexité du Monde. Il pourrait être aussi vu comme une reconnaissance...