Joël de Rosnay, donne avec « La révolte du pronetariat » (Transversales - Fayard) un petit livre que tout « blogger » se doit d'avoir dans sa bibliothèque. Il y propose une analyse systémique d'un média où face au pouvoir des « infocapitalistes » peut se construire une information coopérative où les échanges fonctionnent de « pair à pair ».
Outre la présentation de certains aspects techniques, le rappel de la question du traitement de l'information et de sa fiabilité, l'importance de l'éthique dans un média participatif, Joël de Rosnay évoque la « sérendipité » (capacité de trouver une information à laquelle on n'avait pas pensé au gré du surfing)...
Large place est faite au mode d'organisation d'Agora Vox et Cybion dont le co-auteur de l'ouvrage, Carlo Revelli est le PDG. On y découvre la fonction de « rédacteur modérateur » chargé d'évaluer les informations proposées...
De Rosnay nous montre comment ce média de masse peut se constituer en intelligence collective permettant de se constituer en « contre pouvoir » exerçant une co-régulation citoyenne...
Trois mondes vont à présent co-exister « la biosphère, la technosphère et la cybersphère. ».
Cette dernière apparaît comme un « macro - organisme planétaire », « un immense cerveau dont nous devenons les neurones actifs » agissant en interaction...
« Chaque fois qu'une personne met sur le Web une photo, un article, crée un tag ou envoie des liens cliquables...elle contribue à créer une nouvelle idée ».
L'ouvrage est en ligne depuis juin 2006 et accessible gratuitement sur http://www.pronetariat.com/.
Deux questions mériteraient d'être développées ou rappelées dans le prolongement de l'ouvrage : la première est relative à l'accès limité à ce média des populations des pays pauvres, la deuxième y compris chez nous, à la nécessité d'éduquer à ce média pour que le consommateur devienne « consommacteur » ce qui suppose aussi la capacité d'être lecteur et écriveur sur le net. Ces deux fonctions méritent un apprentissage qui tienne compte de l'évolution technique permanente.
Par ailleurs, la fréquentation de listes de discussion et de sites spécialisés, en ce qui me concerne dans le domaine de l'éducation, nous montre que ce sont très souvent les mêmes rédacteurs qui interviennent le plus. L'information est dans certains domaines déjà entre les mains de « quelques uns ».
Si éthique et modération il peut y avoir, Internet n'échappe pas non plus à une forme de « normalisation » ou même de conformisme sous l'apparente liberté offerte...
Il permet par ailleurs - chacun verra si c'est un bien ou un mal - à de très petites communautés organisées de donner une ampleur à leur mouvement de pensée qui dépasse leur influence réelle dans la société.
Enfin, le débat n'y est pas toujours aisé car le net par l'apparent anonymat qu'il semble permettre, favorise des dérives agressives ou des manipulations ...
A l'école, La maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication fait partie des 7 piliers du socle commun des compétences mais le B2i école (puis collège...) qui propose un usage raisonné du net où l'on sent encore comme une « pudeur », une « réticence », ne laisse pas encore vraiment entrevoir la possibilité pour chacun d'apporter sa contribution et sa participation active et citoyenne à la cybersphère... En filigrane des questions restent non tranchées comme celle de la posture d'auteur (quand et comment puis-je devenir un auteur utile ?) et du droit d'auteur dont les valeurs traditionnelles sont bousculées par le net (débat encore mal tranché par le législateur).







