Le fonctionnaire et plus encore le professeur de l'enseignement public peut être au coeur de tensions entre ce que Weber distingue comme une éthique de la responsabilité d'une part et une éthique de la conviction d'autre part.
Cette conviction, le professeur des écoles peut même croire la "légitimer" en s'appuyant sur la Loi de programme et d'orientation pour l'avenir de l'école qui dit la "liberté pédagogique".
Jean Pol Rocquet inspecteur, évoque la "résistance" qui pour lui n'est pas "désobéissance mais manière d'être fidèle à soi, au métier" (L'inspection pédagogique aux risques de l'évaluation L'Harmattan 2005).
La fidélité à des valeurs s'entend, mais quelle définition réelle de ces valeurs ?
Le terme de "résistance" nous renvoie très vite à l'Histoire où les dérives de fonctionnaires trop obéissants ont crée la confusion et dénaturé le terme de "collaboration".
Dans divers contextes nous voyons aujourd'hui des professeurs "choisir" de mettre en oeuvre ou pas une circulaire, ailleurs des formateurs "choisir" "d'évaluer ou pas des stagiaires" dans un dispositif... au nom de "convictions" propres parfois fondées sur l'expérience...
Nous entendons aussi des professeurs méconnaitre "sciemment" les programmes au nom par exemple de résultats "globalement satisfaisants" aux évaluations...
Quelques éléments en discussion :
- en se plaçant seulement du point de vue de l'éthique de conviction, on peut laisser à penser qu'enseigner serait affaire de choix personnels, de croyances... Il y a risque alors de s'exposer personnellement et à terme de nourrir par exemple des oppositions entre enseignants aux convictions divergentes.
En cas d'échec, "l'usager" pourra en vouloir directement à celui qui se basait sur "ses seules convictions".
- l'école publique est censée mettre en oeuvre les choix démocratiques. On ne saurait se satisfaire que ses agents se démarquent de la volonté exprimée dans les urnes.
On sent bien ici la double nécessité d'une adhésion des fonctionnaires "aux grands choix" (le problème du consensus démocratique) et de la confiance que la Nation doit pouvoir marquer en ses professionnels de l'enseignement (sans cette confiance le fonctionnaire n'est plus qu'un exécutant incapable d'initiative).
Comme le rappelle Edgar Morin "une conviction sans responsabilité conduit à l'impuissance ou aux échecs".
Pour parvenir à concilier l'inconciliable, il faut peut-être pouvoir se placer à la bonne distance, admettre que la subjectivité d'autrui peut-être la sienne, oser chercher à comprendre sans justifier... Il faut peut être "professionnaliser "c'est à dire engager son action et mesurer son effet, s'emparer des textes pour les interpréter non pas solitairement mais solidairement, se les approprier pour les mettre en partage...







