On connait à présent l'expression sinistre en bouche, entendue ou lue parfois et décrivant en un terme générique les "EBEP" - élèves à besoins éducatifs particuliers, terme employé par les textes où peuvent se retrouver tout à la fois l'élève ayant des troubles du comportement, présentant un handicap ou vivant des soucis scolaires et sociaux, ou précoce... ou...
Mais chaque élève n'est-il pas un élève à besoins éducatifs particuliers ?
L'hétérogénéité, décrite encore souvent comme un problème "négatif" alors qu'elle n'est qu'un fait aux causes diverses; c'est peut-être aujourd'hui en la visualisant mieux, "la chance" de pouvoir prendre en compte ces différences d'un point de vue pédagogique et didactique.
Il ne s'agit pas de s'enferrer dans l'impossible modèle du préceptorat qui parce qu'il isole l'élève ne saurait répondre aux attentes sociales, aux besoins d'initiative et d'autonomie, aux capacités à vivre ensemble... Le but à atteindre pour certains - réduire le nombre d'élèves en classe - oublie que l'équation ne suffit d'ailleurs pas à garantir la qualité d'un bon enseignement.
Différencier, ne veut pas dire morceler ou transformer le maître en garçon de café de la pédagogie, courant dans un vertige incessant d'une table à l'autre.
C'est visualiser les profils et la difficulté, construire un schéma intégrant les différences et proposer des étayages pertinents.
L'élève qui rencontre des difficultés d'ordre cognitif se heurte à des obstacles sur lesquels il bloque.
Il faut alors élucider ces points de blocage, apporter des réponses.
Mais très souvent, parce qu'il "coincera", n'avancera pas... l'élève en difficultés d'ordre cognitif pointe une difficulté sur laquelle le maître ne serait pas forcément arrêté.
Autrement dit certains élèves qui n'ont pas de difficultés particulières, butent également sur les mêmes obstacles ou les contournent sans que l'on prenne conscience toujours de ce qui faisait blocage parce qu'ils continuent et "produisent" une réponse qui ressemble à l'objet attendu, réponse où des erreurs diverses se mêlent...
L'élève en difficulté d'ordre cognitif, très souvent nous contraint à lever des implicites sur lesquels on serait passé sans discussion.
Ce constat, je l'ai vu faire par un maître soulignant que "grâce" aux élèves en difficulté lourde, il avait pu améliorer sa pédagogie en direction de tous les élèves, justement en s'attardant à bon escient sur ces variables didactiques, point d'achoppement mais aussi en veillant à construire un cheminement plus rigoureux, où les repères structurants sont mieux marqués (repères indispensables qu'il ne faut pas confondre avec un mauvais étayage qui consiste à faire "à la place de l'élève").
Sans provocation aucune, c'est aussi pour cette raison, que la présence de ces d'élèves particuliers est une chance pour la pédagogie des maîtres, chance, à la condition qu'ils acceptent de regarder leur pratique au prisme des ces élèves là, en se disant que si "ça coince pour les uns" , "ça fait peut-être problème pour les autres" ... et qu'il y a là l'opportunité de s'arrêter sur des noeuds ou des problèmes qui seraient sinon restés masqués et n'auraient fait l'objet d'aucun traitement.







