En réintroduisant le redoublement dans la Loi de 2005, le législateur a semblé revenir sur un dispositif qui pose pourtant plus de problème qu'il ne vient en résoudre : la loi de 1989 parlait de prolongation du cycle ou de maintien exceptionnel... mais la mise en place imparfaite des cycles n'a pas su éviter la logique négative et enfermante du redoublement.
La loi de 2005, si elle parle de redoublement l'encadre pourtant strictement et ne l'accepte qu'assorti de dispositifs dont le PPRE.
Par pudeur, ou avec l'idée de ne pas nuire plus encore à l'estime de soi des élèves, des enseignants ou des conseillers continuent de préférer le terme de "maintien".
Oui, sauf que cette terminologie n'est pas conforme au texte et surtout peut masquer de fait la réalité des redoublements.
Oser parler du redoublement qui est présent dans la Loi, c'est aussi souligner le caractère exceptionnel qu'il doit revêtir : aucune étude ni française ni internationale ne vient prouver son efficacité, au contraire.
Redoubler est cher économiquement et humainement.
Très rares sont les élèves pour lesquels on peut supposer que "tout serait à refaire dans tous les domaines".
Dans tous les cas, le redoublement ne saurait dédouaner les équipes de la nécessité d'un accompagnement rapproché. Il ne devrait pas y avoir de redoublement sans PPRE avant redoublement et sans PPRE d'accompagnement de ce redoublement...
La difficulté est que ces affirmations aussi étayées soient-elles, ne peuvent se contenter de se construire en doxa injonctive pour que l'on progresse en ce domaine et c'est là toute la limite des textes.
Il nous faut donc promouvoir l'urgente nécessité d'une pédagogie différenciée dès l'amont qui ne saurait se confondre avec la seule individualisation : une pédagogie à l'écoute des essais des élèves et pas seulement de leurs erreurs. Une pédagogie où le maître apprenne à décrypter le cheminement intellectuel de l'élève face à l'objet d'apprentissage.
Pourquoi n'a-t-il pas compris ? ou plutôt , qu'a-t-il compris de ce qui lui était présenté ? Qu'a-t-il répondu ? ou mieux encore qu'a-t-il pensé devoir répondre en fonction du contexte dans lequel il se trouvait, de son expérience antérieure...
Passeur de connaissances, le maître est aussi celui qui observe et comprend le cheminement de l'élève vers le savoir.
Le maître est celui qui décode, explicite, aide l'élève à comprendre ce qu'il a tenté et le rassure sur cette chance qu'il doit favoriser et développer : l'école est le lieu du libre essai, où se tromper est sans danger.
Combien d'élèves le pensent vraiment ?







