Nous avons eu un peu peur pendant des années, de ces maîtres modèles qui écrivaient si bien au tableau, dont la parole était à ce point soignée, l'attitude policée qu'ils nous semblaient des machines à fabriquer de la conformité et peut-être du conformisme...
Mais la belle langue entendue, l'écriture soignée, la page structurée et soulignée... tout ces appareils tissés de conventions étaient aussi ces bornes, ces règles du jeu sans lesquelles nous ne pouvons jouer.
Il ne s'agit pas d'un retour en arrière, de poser des barrières infranchissables, mais plutôt de créer un espace clairement délimité pour laisser à la pensée la liberté de s'essayer.
C'est ici cette injonction double faite à chaque enseignant : être rigoureux et créatif. Etre modèle dans sa parole, dans sa langue... mais susciter la parole et laisser l'enfant s'essayer à l'imitation, à la transgression oui.. mais à la transgression réfléchie, voulue, choisie.
Pas de marginal sans marge et de lignes tracées sur la page. Pas de poète pour se jouer des mots sans grammaire aux règles connues et identifiables.
Plus que modèle, le maître doit oser être le témoin d'une culture écrite qu'il possède, avec laquelle il prend plaisir à explorer et s'approprier le Monde.
Alors, le maître ose enseigner et pour que son enseignement passe, sait être bon pédagogue, c'est à dire sait s'interroger sur toutes ces règles, ces codes, ces implicites qui sont autant de signes muets pour l'enfant...
Lequel sommé d'exercer son métier d'élève s'avance sans trop comprendre par où il faut aller dans cette profusion de signes, dans ces milliards d'attentes qui pèsent sur lui.
Ne demandons pas tout à nos enfants. Soulageons-les. Montrons. Laissons-les essayer, reprendre, refaire, imiter, refaire encore.
Et que le maître créatif soit celui dont la langue porte des mots nouveaux pour l'élève, dont le tableau soit cette page magique, structurée, précise... L'éponge salvatrice permettant à chaque fois d'effacer pour refaire.
Le jeune maître en a souvent peur. Il a vu ses derniers professeurs à l'Université écrire le plus mal possible et parler dans une langue qui ne s'embarrassait pas forcément de détails...
Il lui faut se réinventer dans une posture qui n'évoque guère de souvenirs pour lui. Mais de cette première exigence, de cette modélisation, passage obligé pour lui , il verra qu'il peut y gagner beaucoup pour lui même dans son statut professionnel, pour la classe comme espace de rigueur et d'essai, pour chaque élève qui comprendra un peu mieux ce que l'on attend de lui...







