L’Egypte a démontré qu’il ne fallait jamais hésiter à faire confiance aux entraineurs nationaux dans un continent où on pense encore que l’expatrié est la bonne, sinon la seule solution de succès.

| Pour la seconde fois consécutivement, l’Egypte vient de remporter la Coupe d’Afrique des Nations, confirmant ainsi, après 2006, qu’elle avait l’ équipe la plus complète, la plus homogène dans toutes ses lignes, en un mot la meilleure des seize présentes au Ghana. Au-delà de ce constat n’y a-t-il pas quelques enseignements à tirer de cette réussite, des leçons pour tous les autres ? | |
Un entraîneur national
Une équipe, ce sont des joueurs mais d’abord un entraîneur. De ce point de vue Hassan Shehata a valeur d’exemple. Ancien joueur du Zamalek du Caire, ancien international, trois fois sélectionnés pour une phase finale de Coupe d’Afrique des Nations, il a fait petit à petit ses armes sur le banc de touche avant de prendre en main l’équipe nationale juniors au début des années 2000 avec laquelle il a remporté un titre de champion d’Afrique et accédé aux huitièmes de finale d’une Coupe du monde de la catégorie. En 2004, après l’intermède de l’Italien Marco Tardelli, la fédération lui confie la sélection nationale qu’il conduira à deux titres continentaux. Une continuité qui est tout sauf une spécialité africaine où on pense qu’il faut constamment renouveler le titulaire du poste et que l’expatrié est la bonne, sinon la seule solution. Au Ghana, sur les seize sélectionneurs, seuls quatre (Angola, Egypte, Soudan, Zambie) étaient des nationaux. Et c’est l’un d’entre eux qui est parvenu à s’imposer. La preuve que l’étranger n’est pas la panacée. Le Bénin avait choisi, un mois avant, de recruter un homme qui ne connaissait rien au pays, à l’équipe, aux joueurs, préférant l’Allemand Reinhard Fabisch à celui qui avait, dans des conditions difficiles, qualifié l’équipe pour le tournoi final. L’Egypte a démontré d’une part qu’il ne fallait jamais hésiter à faire confiance à un homme du cru qui connaît mieux que quiconque les qualités de son effectif et la mentalité des joueurs. Il reste toutefois à le conforter dans ses prérogatives, à lui donner les mêmes moyens d’action que ceux que l’on confie à un étranger. Plus simplement à le respecter et à lui offrir une grande liberté de manœuvre.
Une base nationale
L’une des grandes forces du football égyptien, c’est, sans aucun doute possible, son assise nationale. Il n’est plus nécessaire de vanter les mérites des deux bastions que représentent les frères ennemis du Caire, Al Ahly et le Zamalek, omni présents depuis un quart de siècle sur la scène continentale. A eux deux, ils ont accumulé vingt-trois trophées africains sur les quatre-vingt deux mis en jeu depuis 1957.
Leurs joueurs se retrouvent ainsi dans des conditions optimum pour atteindre leur meilleur rendement. Et le sélectionneur qui les voit chaque semaine sait exactement à quoi s’en tenir sur chacun des internationaux, procéder à des tests, en incorporer de nouveaux au gré de leurs qualités et de la forme du moment, en enlever certains qui ne sont plus dans le coup ou qui ne trouvent pas leur juste place dans le groupe. Au Ghana, Hassan Shehata avaient emmenés cinq joueurs d’Ahly, quatre du Zamalek et six joueurs d’Ismaïlia, la troisième force du pays. Au total dix-sept joueurs de la sélection étaient des joueurs sortis du championnat égyptien pour quatre évoluant en Europe, un en Allemagne, un en Angleterre, un en Belgique et un en Turquie. Les deux derniers venaient d’Arabie Saoudite et du Qatar. La sélection nationale avait une base largement nationale. Il convient toutefois de préciser que les footballeurs égyptiens n’ont jamais été de très grands voyageurs et que vivant bien de leur savoir-faire dans leur pays, ils ont moins que d’autres la nécessité de s’expatrier pour se bâtir un avenir social. Dans ces conditions ils ont des chances d’être encore l’équipe à battre dans le futur championnat d’Afrique des Nations dont le coup d’envoi sera donné en 2009 et qui, on le sait, sera exclusivement réservé aux joueurs évoluant dans leurs compétitions nationales.
Un fond de jeu
La force d’une équipe ne résulte pas d’une simple addition de talents. On l’a encore mesuré au Ghana où, jamais peut-être, le continent africain n‘avait attiré autant de stars confirmées sur les terrains européens. Encore une fois on a enregistré beaucoup de déceptions car les conditions de jeu ne sont pas les mêmes, les partenaires ne sont pas les mêmes, parce que beaucoup d’équipe n’ont pas de ligne directrice. Bien des entraîneurs font reposer le rendu de leur onze-type sur la réussite, l’exploit individuel de leurs vedettes. Tout le contraire d’une sélection égyptienne sans faille, forte dans toutes ses lignes capable d’alterner jeu court et jeu long, où chacun se met au service de la collectivité. En 2006, Ahmed Hassan avait été désigné meilleur joueur du tournoi ; deux ans plus tard c’est un de ses jeunes collègues du milieu de terrain, Hosny Abd Rabou qui s’est vu décerner cette distinction. Continuité dans le changement ou changement dans la continuité, c’est selon. On savait depuis longtemps que l’Egypte était, par sa qualité du football, la meilleure équipe d’Afrique. Mais beaucoup pensaient que l’Egypte était surtout forte chez elle. Cette fois, elle a franchi un palier et s’est installée durablement en tête du football africain pour toutes les raisons que nous venons d’invoquer.
Egypte, cas unique ?
L’Egypte serait-elle la seule dépositaire d’une identité sur le continent africain ? Bien sûr que non mais aucune autre n’a affiché des qualités identiques. L’Egypte a disputé six matches, en a remporté cinq et concédé un nul à la Zambie. En 2006 elle n’avait pas davantage perdu la moindre rencontre, remportant quatre victoires pour deux nuls. C’est dire la maîtrise qui est la sienne dans les grandes rencontres ce qui devrait la conduire à une Coupe du monde dont elle est absente depuis 1990. C’est un des mystères qui plane sur ce pays. Comment a-t-il pu ne pas revenir ne serait-ce qu’une fois au rendez-vous de l’élite mondiale où d’autres, moins armés qu’elle, ont été régulièrement conviés ? Tout n’est donc pas encore parfait. Pourtant sa marge de manœuvre paraît grande par rapport à ceux qui avaient débarqué au Ghana assurés de remporter le titre. Pas plus qu’il n’y a de fatalité à la défaite, il n’existe de certitude de victoire. Le manque d’humilité explique, en partie, l’échec de certains tels la Côte d’Ivoire. La mauvaise gestion d’un Ghana parti trop vite dans la conquête de sa Coupe l’a fait brûler ses cartouches trop vite. La Cameroun est celui qui s’en est le moins mal sorti en dépit de son double revers face à l’Egypte. En finale on a pourtant vu que les Lions Indomptables n’étaient pas de taille à faire vaciller les Pharaons. L’Egypte a des qualités propres qui ne sont pas transférables complètement à d’autres équipes. C’est un état d’esprit qu’il convient désormais de modifier. Il ne s’agit pas d’imiter les Egyptiens qui, à bien des égards, sont inimitables, mais de s’inspirer de leur exemple. Une prise de conscience est, dans les paroles, née après la victoire de l’Egypte à Accra. Certains, avec lucidité, étaient disposés à remettre en question le fonctionnement de leur sélection. De plus en plus on a lu ou entendu dans les médias des appels à un travail plus attentif auprès des joueurs opérant dans le pays, à une attention plus soutenue aux entraîneurs du cru. C’est un début encourageant. Il faudra attendre que toutes ces bonnes âmes soient suivies par les dirigeants qui font depuis trop longtemps le complexe de l’étranger. En ce qui concerne les joueurs retenus, la situation de chaque pays est trop différente pour que le modèle égyptien fasse référence. On continuera d’aller puiser sa sélection au-delà du continent parce qu’il est difficile sinon impossible de faire autrement. A chacun sa vérité. Le continent africain réunit cinquante-trois pays. Ce serait utopie et preuve de manque d’imagination de vouloir le réduire à une sorte de voie unique. Ce qui ne doit pas empêcher d’étudier le fonctionnement de ses voisins plutôt que de ses très lointains cousins. Pour le moment ce qu’il convient d’appeler l’école égyptienne se révèle une référence. Heureusement elle n’est pas et ne doit pas être la seule.








