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Publié le 12 janvier 2007 à 12:11:18
Par "R.C.W.B"
Humeur : Maussade

Hier jeudi 11 janvier, les chrétiens catholiques et les hommes de bonne volonté ont accueilli, larmes aux yeux, la dépouille mortelle de l’archevêque de Kinshasa, Frédéric Cardinal Etsou Nzabi Bamungwabi, décédé en Belgique le 6 janvier 2006. Le corps était rapatrié par un vol spécial affrété par le chef de l’Etat. Une forte délégation sous la conduite de Mgr Daniel Nlandu accompagnait la dépouille. Celle gouvernementale était conduite par l’Amiral Baudouin Liwanga, gouverneur de la ville de Kinshasa.

Ils l’avaient aimé, ils l’ont démontré hier. Plusieurs milliers de Kinois et Kinoises, sans distinction d’appartenance religieuse, ont accueilli, jeudi 11 janvier 2007, la mort dans l’âme, la dépouille mortelle de l’archevêque de Kinshasa, Frédéric Cardinal Etsou Nzabi Bamungwabi. La pluie torrentielle qui s’est abattue dans la matinée sur la ville ne les a pas empêchés d’aller rendre un hommage mérité à celui qu’ils appelaient affectueusement « Tata Cardinal ». La journée ressemblait à un jour férié et chômé, tant les rues de la capitale qui ont vu défiler le long cortège, ont été pris d’assaut par des fidèles en pleurs.  RCWB.jpg
Ne pouvait retenir ses émotions qu’un ennemi de mauvais aloi. Même le marché central de la ville de Kinshasa qui grouille de monde, était quasi-désert. Jamais, on a vu un tel engouement pour un mort depuis la disparition du président Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001. Et pour rester dans l’Eglise catholique, de celle du Cardinal Malula.

UN HOMMAGE MERITE

Il était 8 h 15’, heure locale, lorsque le S9-DBM qui transportait le corps de l’archevêque de Kinshasa touchait le tarmac de l’aéroport international de N’Djili. Après le débarquement des passagers à bord, toutes les paires d’yeux déjà alarmés ont dû vivre quelques minutes de suspense, avant que, soudain, la grande portière d’en bas ne s’ouvre. L’on aperçoit ici quatre agents s’affairer à sortir le cercueil dans lequel s’est endormi pour l’éternité « Tata Cardinal ». Cadencée par la mélancolique mélodie de la fanfare de la Garde républicaine, la cérémonie d’accueil a soulevé de grandes émotions. Il fallait être courageux pour se retenir. Et le protocole,  RCWB2.jpg
qui le savait bien, n’a permis qu’à un petit groupe d’approcher l’aile droite de l’avion, d’où est sortie la bière. Au premier plan, Nosseigneurs Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), Dominique Mbulamatari et le secrétaire du Nonce apostolique. Un peu plus loin, se sont rangés quinze évêques venus de tous les coins de la République démocratique du Congo pour rendre le même hommage à leur confrère dans la dignité épiscopale. L’on pouvait facilement reconnaître Tharcisse Tshibangu de Mbujimayi, Edouard Mununu de Kikwit, Joseph Nkumuondala de Mbandaka-Bikoro, Fridolin Ambongo de Bukungu-Ikela, Kesenge (évêque émérite de Molegbe), Louis Nganga de Lisala, Fulgence Muteba de Kilwa-Kasenga… A côté de ces prélats catholiques, il y avait les chefs des autres confessions religieuses, qui sont venus compatir au malheur qui s’est abattu sous le toit de leur « sœur » Eglise catholique.

DE N’DJILI A LINDONGE

Après les hommages militaires et religieux, un long cortège, escorté par les services de la Police nationale, s’est ébranlé sur le boulevard Lumumba. Cap sur le centre pastoral Lindonge, siège de l’archevêché.
C’est ici que le Cardinal passait les longueurs de ses journées. Il n’était pas facile de franchir les marées humaines de la Tshangu, où certains fidèles, surtout des mamans, étaient même prêts à se jeter sur la chaussée comme pour dire : « écrasez-nous avec notre évêque ». Mais la peur qu’inspire le dispositif policier ne leur a même pas permis de toucher, ne serait-ce que pour une dernière fois le linceul blanc-pourpre qui ornait le corbillard.
 RCWB1.jpg
Au centre Lindonge, l’archevêque défunt avait bâti, en juillet 2001, un énorme sanctuaire marial dénommé « Sanctuaire Notre-Dame de la paix de Fatima ». Ce haut lieu de recueillement et de méditation était consacré à la paix en RDC et dans le monde. C’est devant l’imposante statue de la Vierge Marie que, durant la petite escale du cortège, que le secrétaire chancelier, l’abbé Camille Esika a adressé un mot d’adieu à l’ordinaire du lieu. « … Vous aviez eu raison de croire que la paix, c’est un don de Dieu. Mais cette paix passe par la conversion des cœurs et l’ouverture évangélique, notamment l’amour, la vérité, l’humilité, la réconciliation. Aujourd’hui, nous vous disons merci pour tout ce que vous avez fait pour ce diocèse et pour la recherche de la paix dans notre pays. Vous nous avez quitté, mais nous vous savons auprès de Dieu… Adieu Tata Cardinal ». Après ces mots, le cortège a continué son chemin jusqu’à la Cathédrale Notre-Dame du Congo où attendait une immense foule des fidèles.

KINSHASA EN PLEURS

« Quand on connaît les saints, on les honore », dit l’adage. A la Cathédrale de Lingwala, les pleurs se sont mêlés aux prières. Il n’y avait pas place au discours. Quand l’émotion est trop grande, les mots s’évanouissent. A l’arrivée, selon la tradition de l’Eglise catholique, on a posé la croix, la lumière et les insignes épiscopaux sur le cercueil. Ce rite vaudrait que le Seigneur accueille le disparu auprès de lui, là où il n’y a ni pleurs ni larmes, mais la paix et la joie. Après une brève méditation, la place a été laissée aux officiels de rendre hommage. Entre autres, le ministre de l’Intérieur Denis Kalume, le gouverneur de la ville de Kinshasa, Amiral Baudouin Liwanga, la ministre des Droits humains, Madeleine Kalala ; la ministre de la Solidarité et des Affaires humanitaires, Cathérine Nzuzi wa Mbombo ; le ministre de la Recheche scientique, Gérard Kamanda wa Kamanda, ainsi que plusieurs députés. A entendre des témoignages de gens, même non catholiques, cela prouve que ce prélat catholique était un homme de vérité, un homme de Dieu, comme le disait le Centurion romain après la résurrection de Jésus: « Vraiment, cet homme était fils de Dieu ».

QUAND LE CHEF DE L’ETAT S’IMPLIQUE

Le chef de l’Etat s’est impliqué personnellement dans l’organisation des funérailles du Cardinal Etsou. La contribution présidentielle a été remise mercredi à l’archevêché de Kinshasa par le ministre de l’Intérieur, le Général Denis Kalume. L’information a été confirmée par des sources proches de l’archidiocèse. « C’est pour permettre à l’archevêché de Kinshasa d’organiser des funérailles dignes de l’illustre disparu », a indiqué à la presse, un proche du ministre de l’Intérieur et Décentralisation.  Kabila.jpg
Il s’agit de gros moyens financiers remis à Mgr Mbulamatari, évêque auxiliaire, lesquels sont mis à la disposition de l’archevêché de Kinshasa. L’événement s’est déroulé au Centre Lindonge situé sur la première rue Limete - Avenue de l’Université, en présence des têtes couronnées du clergé catholique. Après ce geste symbolique, le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume, a transmis à ses interlocuteurs de sincères condoléances du président de la République adressées à la communauté catholique toute entière ainsi qu’à la famille de l’illustre disparu.

Témoignages et souvenirs

Général Kalume : « Le chef de l’Etat a voulu que nous venions rendre un dernier hommage au Cardinal et que nous lui témoignions toute la gratitude pour tout ce qu’il a fait dans sa vie pastorale… Le chef de l’Etat a voulu que le jour de ses obsèques soit un jour de deuil national afin que tout le monde puisse suivre en direct le déroulement de la cérémonie. Comme souvenir, le cardinal était quelqu’un qui recherchait toujours la paix ».

Vunduawe te Pemako : « Nous considérons le cardinal comme un grand frère, un chef, puisque beaucoup ne savent pas que Etsou était aussi un chef coutumier. Mais, c’était aussi un grand pasteur, un homme de Dieu. Pour nous, c’est une satisfaction de participer aux funérailles du cardinal dans ce double aspect ».

Nzuzi wa Mbombo : « Je garde beaucoup de souvenirs du Cardinal, mais le plus éloquent, c’est qu’il était toujours un homme de paix et de dialogue. Quand j’étais en prison à l’entrée de l’AFDL, le cardinal est venu me rendre visite, et là il m’a encouragée d’endurer cette épreuve comme une croix ».

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