ABIDJAN (Top Visages), De retour du Maroc où son groupe, Extra Musica, a donné un spectacle, Roga Roga a effectué une escale de 48 heures à Abidjan. Il en a profité pour donner des nouvelles du groupe et s’est prononcé sur le coupé-décalé. Causerie.
| • On ne vous voit plus souvent par ici. Abidjan ne figure plus sur votre agenda des spectacles ? - Dans le temps, il y avait des producteurs qui nous sollicitaient pour des spectacles ici. Mais aujourd’hui, c’est un peu difficile. Avec la situation qu’a vécue le pays, il n’était pas facile de trouver des producteurs pour déplacer un groupe de plus de 25 personnes. Mais, je pense que cela va s’arranger bientôt. Je l’espère. C’est juste une question de temps. • Quel est aujourd’hui l’effectif de Extra Musica ? - Extra Musica a toujours beaucoup d’artistes. C’est vrai qu’on se déplace parfois avec juste 20 artistes. Cela dépend. Mais nous sommes une soixantaine d’artistes. Il y en a beaucoup qu’on forme dans notre écurie. Nous sommes comme une équipe de football. C’est comme les Eléphants de Côte d’Ivoire. Ils forment beaucoup de grands joueurs. Il y a eu les Gadji Céli. Aujourd’hui, il y a Didier Drogba. C’est ça, Extra Musica. | |
• Comment ça fonctionne avec vous. 20, 40, 60 artistes ! C’est un peu lourd pour vous déplacer pour un spectacle !
- Quand on se déplace, on part avec le nombre que désire le producteur. S’il veut qu’on vienne avec les filles, on part juste avec elles. Voilà. C’est comme ça que ça fonctionne. Maintenant, s’il veut qu’on emmène tout le monde, on part nous tous. Sinon, on a réparti l’équipe en plusieurs groupes de musiciens. Il y a des groupes de 12, 15, 20, et il y a 30. C’est au choix du producteur. Parce qu’il y a des petites et grandes salles. Quand c’est un concert qui se passe dans une petite salle, on emmène juste 12 ou 15 personnes.
• Avec un nombre aussi grand comment les rénumérez-vous ?
- On s’organise. On investit beaucoup dans notre art. Et on fonctionne sur la base de salaire.
• Les jeunes que vous formez ont-ils la possibilité d’évoluer en solo, sans qu’il y ait des grincements de dents comme cela a été le cas au sein du Quartier latin après le départ de Fally et de Ferré ?
- Par rapport à la formation, je peux vous dire que Extra Musica, forme très, très bien les artistes. Je me dis que s’il y a des artistes qui veulent évoluer en solo, je pense qu’ils ont tous les arguments artistiques nécessaires pour réussir. Mais pour le moment, on n’est pas encore confrontés à pareille situation. Nous sommes toujours soudés, et continuons à égayer nos fans à travers le monde.
• Dis-moi, la musique chaude, d’ambiance avec atalaku ne va pas, à terme, tuer la vraie rumba ?
- Nous en sommes conscients. Mais je pense que la rumba ne peut pas disparaître au profit du ndombolo. C’est différent. La rumba s’écoute en voiture, à la maison …C’est différent de ce qu’on appelle le ndombolo, le chauffer, le soukouss. C’est une musique qui permet aux gens, quand ils ont travaillé du lundi au vendredi, d’aller en boîte pour s’éclater. Nous essayons un peu de mélanger la rumba à cette musique qu’on appelle le ndombolo. C’est la symbiose. Et c’est la zik. C’est tout cela qui fait la musique congolaise. Il y a des gens qui n’aiment que la rumba. Et d’autres qui adorent le n’dombolo. A Extra Musica, on fait un peu de tout. On s’exprime en fonction de notre public. Si c’est un public de connaisseurs de rumba, c’est-à-dire des grands messieurs et dames qui sont en face de nous, on fredonne la rumba. Mais si c’est un public, par exemple, de Yopougon qui aime la chaleur, on est obligés de taper avec Etat-major, Ouragan, Trop c’est trop…Voilà quoi !
• Quel est le spectacle d’Extra Musica qui vous a le plus marqué à Abidjan ?
- C’était le premier concert au palais des congrès de l’Ivoire avec Consty Eka au milieu des années 90. C’était un très grand concert. Le public était acquis à notre cause. Et ce spectacle est resté gravé dans la mémoire de tous les membres d’Extra Musica.
On a entendu parler de la salle Anoumabo du Palais de la culture de Treichville qui permet à un artiste de savoir s’il a ses fans ou pas. C’est vrai qu’on a joué avec Magic System dans une autre salle du Palais (Ernesto-lougah). Mais notre souhait est de jouer à la salle Anoumabo pour renouer à nouveau avec nos fans à Abidjan. On espère.
• Le nouveau Extra Musica, donne quoi aujourd’hui ?
- C’est toujours la grande musique qu’on lui sait. Mais aujourd’hui, on a essayé de mélanger notre musique habituelle et le folklore de chez nous. Notamment avec une chanson qu’on appelle Racines. On a sillonné le monde, mais on espère venir jouer en Côte d’Ivoire pour montrer le nouveau Extra Musica.
• Le paysage musical ivoirien est aujourd’hui beaucoup dominé par le coupé-décalé qui a fait reculer la musique congolaise. Est-ce que Extra Musica, après son absence prolongée sur le marché du disque ivoirien, se sent coupable de ce recul-là ?
- Contrairement à d’autres personnes, moi, je dirai que non. Parce que pour moi, le coupé- décalé, c’est la musique congolaise. C’est la continuité de la musique congolaise. Quand on écoute le coupé-décalé, le fond fait de batterie, c’est la musique congolaise. Donc pour moi, c’est une fierté. La musique n’a pas de frontière. Coupé-décalé ou ndombolo, c’est la musique d’Afrique qu’on doit pousser pour que l’Afrique avance. De toute façon, en politique, on est très faibles en Afrique. Donc, c’est à travers la musique et la culture, en général, qu’on pourra être un jour plus que les Européens et les Américains. Moi, Roga Roga, je le pense sincèrement.
• Roga, quel est le chanteur congolais que tu respectes le plus ?
-Koffi Olomidé. J’ai plus d’affection pour lui. Parce que, à travers lui, on a connu Extra Musica et beaucoup d’autres artistes congolais de par le monde. Je n’oublie pas non plus Papa Wemba et bien d’autres grands frères. Il faut respecter les aînés. C’est très important. Il faut que les jeunes artistes évitent la polémique avec les doyens.
• En dehors de vos spectacles, quelles sont les nouvelles côté studio ?
- Au mois de Juin, on sort notre neuvième album baptisé Kindoki. (Sorcellerie, en lingala). C’est le prochain Extra Musica. C’est une œuvre de 10 titres.







