Il y avait dans la voix tant de dignité, tant d’incertitude et tant de peur que je ne pouvais répondre. Si le chemin parcouru a été long et dans l’ensemble semé d’instants de bonheur, la fin semblant proche donnait aux mots un sens d’une profondeur extrême… Mais que dire? Que dire à celle que l’on aime, à celle qui vous a donné sans que l’on s’en rende compte une force de vivre incroyable, la force de se battre d’aimer et d’être aimée en retour ?
Comment répondre à l’appel de la peur de partir quand vous ne souhaitez qu’une chose, que ce moment là n’arrive jamais ! Quels sont les mots à employer, à dire ? Il n’y a jamais de phrases justes. On aimerait que l’imparfait n’existe pas et que le présent soit obligatoire.
Conjuguer le temps et se souvenir des comptines chantées en cœur, des bras serrés quand la fièvre est là, des mots d’amour murmurés… Tu te souviens «répète après moi : Je… je… suis… suis… une… une… petite… petite… fille… fille… idiote… i… ah, non pas ça ! » « Ah bon ! Alors répète après moi : je… ».
Et le rire qui revient submergeant comme une vague énorme la pièce, rebondissant sur chaque mur.
Mais l’heure est grave, la distance importante et mon incapacité à dire, inquiète celle qui m’aime. Comment la rassurer, les phrases sont dérisoires. L’impression que le temps s’en va et que c’est le moment de dire l’essentiel. La prendre dans mes bras et lui murmurer comme elle le faisait quand j’étais enfant qu’il ne faut pas avoir peur, que la vie est belle et qu’on ne sait jamais ce qu’elle nous réserve… La guérison dépend tellement d’elle et je la sens si fragile.
« Quand pourrais-je venir te voir ? » « Je ne sais pas ma chérie ».
L’incertitude. Tant pour elle que pour moi.
La dignité. Le droit à être malade, à vieillir, à souffrir sans s’étendre en lamentations inutiles. Sans avoir à supporter le regard des autres et lire dans leur regard la peur, la compassion, la tristesse. Lutter. Seule.
« Je serais seule ». Elle a raison, quand ceux que vous aimez au plus proche possible de vous ne seront là quand la porte de la chambre se refermera. Et ce moment là est plus redouté que tous ceux à venir. Seule. Et cette solitude est terrible. A en pleurer.
Ce n’est pas le rire qui m’envahit aujourd’hui mais une tristesse énorme, ma propre peur à savoir que je ne peux rien face à sa solitude et que quelque soit ma force, mon énergie, elle sera seule à lutter. Dévorée par cette impuissance je n’ai su trouver les mots pour lui dire combien je l’aime ! Combien je suis soudain une petite fille et combien elle est la mère ! Amère constat, au moment où les mots essentiels devraient être dit je ne peux même pas les articuler « Tu comprends ce que je dis ma chérie ? » « Oui maman ! »
Je ne comprends que trop bien !
Virginie
