La mairie de Cucugnan a proposé un concours. Envoi à l'heure (SI !) mais... Perdu !
Déçue, mais il me reste ce texte, que je dédie à mon chasseur de trésor de Papa et à son copain Paul.
Le murmure de la Tramontane
Oyez ! Braves gens ! Ouvrez grand vos oreilles et votre cœur au souffle du vent… Car sur ses ailes vaporeuses voyagent parfois de bien étranges chuchotis…
Un soir de pleine lune, alors que j’allais baguenaudant dans la campagne, j’arrêtais mes pas sous le chariot étoilé. J’espérais puiser en son féérique chargement, une histoire pour vous émerveiller quand un filet de voix me tira de ma rêverie.
La tramontane s’était levée et sur ses pennes déployées, un murmure me parvenait. Il disait :
« Promeneur aventurier, viens à moi. Je t’attends.
Sur le sentier en lacets, engage-toi sans tarder. Après une lente ascension, tu me découvriras sans fard, sous le phare blafard. Juchée sur mon pog, je veille sur ton âme et celles de tes semblables. Sentinelle éternelle, surplombant la vallée, mes remparts renferment de bien lourds secrets. Sous les feux de la voie lactée, offerte à tous les vents, je dépose inlassablement ma requête sur les couloirs aériens.
Je cherche un passeur. Un passeur de sagesse. Celle de Bélibaste, d’Esclarmonde de Foix, de Guilhabert de Castres.
Des griffes furieuses m’arrachent quelquefois des bribes des bons hommes. Dans la plaine, herbes folles et cailloux gris captent des lambeaux des sermons épiscopaux. Mais leur sens profond se perd sous l’épais tapis de l’oubli.
Viens, promeneur aventurier, poser tes paumes sur mes murs. Mes pierres chanteront pour toi les enseignements secrets. Si tu en es digne, notre foi renaîtra. Alors, par les chemins rocailleux, navigant au gré de courants impalpables, tu dispenseras ce savoir aux bienheureux.»
Depuis lors, moi, votre serviteur, je vole vers Montségur. Je gravirai le tout dernier bastion cathare, espérant être digne de son attente. Je reviendrai alors vous faire partager son intime trésor et je vous en instruirai.
Je ne suis pas parfait, mais mon ami le vent m’a confié que nous pouvons le devenir.
Ainsi s’en va votre conteur, drapé de sa cape de nuit, la Terre roulant sous ses pas, emporté par l’amour des siens…
