Chers amis,
Voilà c’est fait... Le verdict est tombé. La France a voté, enthousiaste, confiante et unanime.
La France du contribuable Johnny, du philosophe Bigard et des chanteurs à thème et grands penseurs DocGynéco, Macias et Barbelivien vient de gagner. La France soutenue par le sage et démocrate Berlusconi et par le pacifiste et avisé Bush a remporté la victoire. La France du généreux MEDEF, de l’impartial TF1, de l'accueillante ville de Neuilly-sur-Seine et des grands groupes vient de faire sauter les scores.
Notre nouveau Président est à moitié Hongrois, mais il l’oublie volontiers. Il a volé les voix du Front National et ne s’en cache pas. Il est l’ami de Bouygues, de Lagardère, d’Arnault etc. Il a su rassembler les électeurs de Le Pen, de De Villiers, de Bayrou. Il est surtout entendu par une France blanche, aisée, sereine et fière d’elle.
Tout le monde se doutait de cette victoire. Comment la gauche pouvait-elle remporter une victoire alors qu’elle était affairée à ses querelles intestines, ses luttes au pouvoir et son éclatement en de multiples groupuscules incapables de s’entendre ? Comment la gauche pouvait-elle gagner alors qu’elle était la première à fusiller Ségolène Royal et à la discréditer aux yeux de son propre électorat ? Comment la gauche pouvait-elle rassembler alors qu’elle n’affichait que désaccord et démantèlement ? Comment pouvait-elle être crédible alors qu’un jour elle pouvait tirer dans les pattes de Bayrou et le lendemain lui tendre une main désespérée et fébrile ? Comment la gauche pouvait-elle n’avoir comme seul programme le déracinement de Sarko alors que celui-ci travaillait déjà le peuple au corps sans relâche depuis plus de cinq ans ? Pendant que les mammouths de gauche sortaient à peine de la période glaciaire, Sarko battait le fer avec la détermination et l’acharnement propres à ceux qui sont assoiffés de pouvoir.
Je suis déçu et triste. J’ai longtemps vécu à l’étranger et j’ai longtemps vu la France à travers le prisme des médias sans en sentir les influences dans ma réalité. Eh bien aujourd’hui, je suis de retour et j’assiste depuis deux ans à tous les problèmes et toute la fragilité à laquelle nous sommes confrontés. J’assiste au manque de dynamisme des citoyens, à la passivité et à l’indifférence sociale des Français qui se sont habitués aux clochards dormant sous des cartons dans la rue, qui peuvent endurer l’arrestation des parents d’élèves à la sortie des écoles, qui supportent l’omniprésence des policiers, CRS et autres vigiles ou agents de sécurité, qui peuvent encaisser les sarcasmes des politiques sans broncher, qui se contentent d’une télévision conquise par les leaderships commerciaux. J’assiste à une France qui se rit de l’écologie, du commerce équitable et de la “clubmédisation” de la culture. Une France qui vote “non” à l’Europe et qui ne sait placer sur une carte ni Budapest, ni Riga ni Stockholm. Une France qui se repose sur des acquis dont il ne reste que des lambeaux.
Cette France que j’ai quittée en 1993 pour vivre en Islande et en Allemagne et que j’ai retrouvée en 2005 me paraît difficilement reconnaissable et ne me correspond plus. On se toise, on se méfie les uns des autres, on sectionne, on sélectionne, on juge, on scinde et on amplifie les clivages. On chatte, mais on ne parle plus. On encourage la délation et le chacun pour soi. On tire les serrures, on ferme les volets, on se replie. Starbuck prend la place du petit bistrot, MacDo celle du petit resto, Mammadou et Abdel ont intérêt à se tenir à carreau dans leur banlieue pourrie ou mieux encore, rentrer dans leur pays ! Mais le Ministère de l’Immigration s’en chargera de toute façon. Alors la consécration de ce névropathe en sueur à la plus haute magistrature ne m’étonne pas, elle rentre hélas dans la logique conséquente à un délitement de la société. Elle va dans le sens de la majorité.
J’ose croire qu’un mouvement de gauche plus sain et plus porteur saura renaître de cette défaite et de ses cendres. J’ose croire que les gens vont retrouver l’espoir et l’envie de changer les choses dans leur petite vie sans attendre que les politiques nous convient ou nous obligent à le faire. On vit dans un pays où le président est omnipotent, mais ce n’est pas lui qui me dictera ma conduite et son programme ne sera pas ma nouvelle feuille de route. C’est à nous de décider, de nous bouger le corps et l’esprit. C’est à nous d’agir en tant que citoyens.
Je ne veux pas que ce mail soit ressenti comme une triste acceptation de la défaite, mais au contraire – une fois le choc passé et digéré – comme une humble exhortation à RE-agir et comme un coup de gueule (à défaut d’un coup de matraque).
Je vous invite tous à réagir, laissez fuser vos observations et vos opinions, faites parler vos tripes et fonctionner vos méninges, mais surtout ouvrez votre cœur et votre gueule !
A bon entendeur salut,
Sébastien
