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Publié le 22/08/2007 à 22:45
Par segard.sangatt
 
Souvenirs de l'agent de police Beudebois, lu dans l'Almanach Vermot il y a trente ans...    


Les jeunots, dans la Police, faut leur former le caractère dès le début, sans quoi ils se prennent facilement pour Zorro, James Bond ou Tarzan. Et pour ça, il y a les événements de la vie qui viennent leur mettre les pieds sur la terre et du plomb dans la cervelle.

Et c'est très bien comme ça! Je me souviens des débuts du commissaire Toutard, un grand gaillard qui sortait tout juste des écoles et qui avait la tête remplie des exploits des grands anciens. Entre nous, on l'avait appelé Elliot Ness, parce que plus incorruptible et plus ennemi de ceux qui fraudent la loi, on n'avait jamais vu ça.


Un jour qu'il nous avait fait la morale, à moi et à l'agent Trottemenue, pour cause qu'on faisait sauter les contredanses de nos petites amies, le voilà qui sort du commissariat pour aller traquer le bandit, partout où il se trouve. Dans les films de cow-boys, on voit le shérif prendre son air déterminé et son colt pour chasser le hors-la-loi, avec la même tête que notre commissaire Toutard quand il sortait de la boutique.


Et puis, au bout d'un quart d'heure, on entend un grand brouhaha, des cris, des hurlements et on voit une petite foule qui pousse notre grand gaillard vers nous, avec des gestes menaçants. Il y avait surtout une femme qui paraissait plus enragée que les autres, même qu'on a eu du mal à la calmer tant elle était excitée à lui flanquer des coups de parapluie sur la tête. Notre grand bougre hurlait: « Je suis le commissaire! Je suis le commissaire! », avec un air affolé qui montrait bien qu'on le prenait pour un autre et surtout qu'il aurait préféré être ailleurs, dans une posture plus favorable et plus convenable à sa dignité. Après avoir calmé les esprits, on a pu comprendre le pourquoi du comment: A peine notre grans héros avait-il mis les pieds dehors, que la femme susdite lui avait foncé sur le poil en criant : « C'est lui! C'est lui ! Au voleur! », car elle venait de se faire barbotter son sac à main par un individu qui ressemblait à notre « Robin des Bois » comme une goutte d'eau à une autre, et comme rien n'est plus semblable à un bandit qu'un commissaire en civil, la foule voulait lui casser le portrait.


Moi et l'agent Trottemenue, on a réussi à expliquer toute l'affaire et à calmer le monde grâce à notre habitude des choses compliquées, et tout est rentré dans l'ordre.

Et depuis ce jour-là on n'a plus jamais eu de leçons de morale de la part du commissaire.

Allez savoir pourquoi!


Histoire tirée de l'Almanach Vermot de 1977.

Jean SEGARD

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