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Publié le Mardi 09 janvier 2007 à 09:00:00
Par S.
137 - Au fond, tout cela est simple et facile à imaginer, à une condition : s’être rendu compte, une fois, que « Dieu » et la « Société » sont une seule et même imposture de magie noire. Artaud est prouvé par l’actualité quotidienne ? Évidemment. D’où son obstination à dire et à redire qu’il n’est pas né de la façon dont sa naissance a été enregistrée, qu’il ne mourra pas de mort « naturelle », que son corps christique et anti-christique est persécuté sans arrêt par des démons et des envoûtements, qu’il a été agressé aussi bien à Marseille qu’en Irlande. On ne le croit pas, on ne l’écoute pas ? Qui écoute Dieu ? Personne. Or « je suis Dieu », « je suis l’Infini ». Pas l’idée que vous vous en faites, non, là, il n’y a rien que vide, déchet, merde, « carie ». En revanche, « Moi, Antonin Artaud, je suis mon fils, mon père, ma mère et moi. » Autrement dit : je n’accepte pas de me fondre dans une « totalité » quelle qu’elle soit. L’humanité vit dans une pulsion incessante de mort, laquelle se porte de préférence sur celui qui la révèle. De façon dissimulée, mensongère, hypocrite et même inconsciente, tout le monde est religieux, alors qu’Artaud est « incrédule irréligieux de nature et d’âme ». Il faut donc le rectifier : « L’électro-choc me désespère, il m’enlève la mémoire, il engourdit ma pensée et mon cœur, il fait de moi un absent qui se connaît absent et se voit pendant des semaines à la poursuite de son être, comme un mort à côté d’un vivant qui n’est plus lui, qui exige sa venue et chez qui il ne peut plus entrer. » Artaud, ou l’extrême douleur surmontée, sans laquelle rien n’est vrai. Sachons l’entendre. 
  (SAINT ARTAUD, Le Nouvel Observateur, 16 septembre 2004)


Artaud, Marseille 1920.gif