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Publié le Dimanche 15 avril 2007 à 15:15:15
Par S.
180 - L’innocent dans un monde coupable, c’est le Crucifié. Il est là pour être l’innocent – je ne dis pas l’idiot à la Dostoïevski, ça, ça ne me regarde pas du tout. Or, l’idée que le monde est coupable peut se renverser dans l’idée qu’il y aurait une sorte de péché originel pour tous. Mais pas du tout, il suffit qu’il y ait un innocent pour que le mensonge soit dévoilé.
( L'ÉVANGILE DE NIETZSCHE, Éd. le cherche midi, 2006)

179 - Oui, la guérison, le Salut. Vous êtes obligés de décider si vous vous situez par-delà le bien, le mal, la folie… ou si vous acceptez sourdement, comme vous le chuchote le nain qui est sur votre épaules, ou la naine (voyez le passage de Portique dans Zarathoustra), d’en finir. L’épreuve que Nietzsche aborde là est absolument effroyable : c’est celle du grand dégoût. Tout passe ou tout mérite de passer, à qui bon, il faut accepter le sort commun, tout le monde meurt donc je dois mourir, donc je dois passer, et comme je dois passer, tout doit passer aussi, et puis voilà. On y est. C’est maintenant, cette question-là. Et, si on ose la soulever, elle provoque dans la pseudo-pensée bien-pensante et mortifère un réflexe de répulsion considérable. Cette répulsion elle-même est importante. Il faut s’appuyer sur elle. Qui ne l’a pas éprouvée ne sait pas de quoi il parle. Cette pensée révulse absolument l’être parlant. Eh bien, que ça révulse. C’est excellent comme démonstration. Car dans cette révulsion à l’idée d’une non-vengeance à l’égard du temps, nous touchons à l’essence même de la maladie. 

178 - L’emploi du temps, oui, la jouissance du temps. C’est une question toujours nouvelle. D’ailleurs dans Une vie divine, d’une façon amusante, il y a une réponse à Houellebecq, à sa Possibilité d’une île, qui parle de vie éternelle, mais de vie éternelle prolongée biologiquement. C’est un projet démocratique et qui, par là même, n’a aucun intérêt. L’Éternel Retour, ce n’est pas du tout la vie éternelle, au sens ancien du calendrier, refantasmée comme une prolongation éternelle de l’identité. L’Éternel Retour, c’est effrayant, ça veut dire que vous allez devoir dire oui ou non au fait que votre vie va se répéter éternellement – votre vie, pas celle d’un autre : celle-ci, là, tout de suite.
 


177 - Le temps, c’est de l’argent. Eh non… Pas seulement. C’est de l’argent pour une petite part, pour de la petite monnaie, et c’est pour cela que le ressentiment et l’esprit de vengeance, bloqués sur la transaction économico-politique, autrement dit financière, en veulent tellement et constamment, à n’en plus finir, chaque jour, à chaque instant et en ce moment même, au temps. Il fallait leur opposer une hypothèse vertigineuse : c’est l’Éternel Retour.