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Publié le Dimanche 23 décembre 2007 à 12:00:00
Par S.

203 - Je me demande depuis un certain temps, alors que j’ai lu et relu Homère, L’Iliade et L’Odyssée, pourquoi ce vieux texte monte de plus en plus vers moi d’une façon fraîche, énigmatique et violente. Et pourquoi, dans le même temps, tout ce qui peut se dire en chinois, dans la stratégie chinoise en particulier, monte avec le même caractère d’urgence. Serait-ce que la Grèce et la Chine ont des choses à se dire ? Le grand stratège Sunzi a vécu entre Homère et Euripide. Ces figures précèdent de peu l’ère qu’on dit chrétienne, et qui méritait mieux que d’inaugurer un calendrier. Les Grecs et les Chinois ont failli se rejoindre après le Concile de Trente, grâce à la grande aventure jésuite. C’est le moment de ce que j’appelle la Révolution catholique, où la papauté a commencé à jouer en Europe un rôle décisif. Puis ces mondes se sont séparés, grosso modo depuis la Révolution française, avant d’être peu à peu oubliés de tous : la synthèse, ou plutôt la tenue de la contradiction, n’a pu être opérée longtemps. Les Chinois sont délibérément méconnus. Quant aux Grecs, on sait le sort d’oubli qui leur est maintenant réservé.J’ai tenté dans mes livres de ressaisir ce moment, de faire coexister ces mondes ignorés. J’ai offert en son temps un livre sur Dante au pape Jean-Paul II, et cette image hideuse d’un écrivain « agenouillé aux pieds d’un pape » a fait couler beaucoup d’encre chez les damnés de l’image. Comme ceux-là ignorent également tout des Grecs et des Chinois, la boucle était bouclée.
(GUERRES SECRÈTES. Éditions Carnets Nord, 2007)



Jean-Paul II, 4 octobre 2000