204 – Personne ne lit plus aujourd’hui, ou plutôt personne n’entend plus ce qu’il lit, ce qui revient au même. Lisez l’un de vos propres textes à haute voix, et même ceux qui prétendent vous avoir lu vous diront qu’ils n’ont jamais entendu cela. Il faut donc se faire à l’idée que nous sommes entrés dans une ère de surdité et d’aveuglement simultanés. C’est au cœur de ce nihilisme que certains auteurs prennent une dimension qu’on ne leur imaginait pas. Il faut recourir à la voix qui parle là, mais qui peut aussi parler ailleurs ; sortir du rêve pseudo-démocratique, selon lequel la poésie serait audible au plus grand nombre. Si elle persiste aujourd’hui, c’est de façon clandestine. Elle suppose, comme Rimbaud l’a entrevu, une guerre secrète. C’est dans ces textes que j’irai prendre de quoi répondre au danger qui croît.








