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Cadiou : Hegel : "ce qui est familier n'est pas pour autant connu."
marc : durant
un lecteur : cher sollers, j'aimerais que vous puissiez alimenter ce blog - le seul que je consulte - plus souvent. Bien à vous
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Publié le Mercredi 21 mars 2007 à 10:00:00
Par S.
175 - Nietzsche est venu là pour dire quelque chose de très précis, à savoir que ce que l’on décrit comme un phénomène dépressif, nihiliste (n’employons pas trop ce mot, qui est mis à toutes les sauces), c’est tout simple : c’est le ressentiment, l’esprit de vengeance, y compris exercés contre soi. Il n’y a que ça : l’esprit de vengeance, « le ressentiment de la volonté, dit Nietzsche, contre le temps et son il était », formule que Heidegger, dans son Qu’appelle-t-on penser ?, au début des années cinquante, médite profondément – Heidegger qui signe la fin de la philosophie…
176 - Là est la maladie. Est-il possible d’en guérir ? Ah, ça ! La question se pose. Pour en guérir, il faudrait être en dehors de l’esprit de vengeance, par-delà le bien et le mal, question cruciale, et en quelque sorte par-delà la mort ; et en plus, si j’ose dire, par-delà la folie. Il n’y a plus ni bien ni mal ni mort ni folie. Mais la mort et la folie sont comme les colonnes du temple, la mort pour faire peur et la folie pour faire tenir tranquille dans l’espace servile d’une fausse raison, alors là, évidemment, la crise est majeure. Il faut d’ailleurs mettre ça en parallèle avec la question du calendrier, à savoir celui du Crucifié…, le calendrier grégorien, qui est aussi le calendrier économico-politique (celui que vous utilisez pour signer vos chèques). Nietzsche, lui, est révolutionnaire d’une façon beaucoup plus ample et à mon avis définitive, même si cela n’est pas compris, mais aucune importance, nous sortons de l’économico-politique. Pour quelle région ? Eh bien, le temps.
Publié le Dimanche 18 mars 2007 à 18:18:18
Par S.
174 - Le narrateur fait un voyage au bout de midi, où il s’agit, simplement, de sortir d’une maladie, de guérir, parce que le salut, en italien Salute, c’est aussi la santé, la santé essentielle. C’est une affaire quasiment médicale. Il y a maladie, la terre a une maladie qui s’appelle l’homme, dit Nietzsche, et qu’est-ce que c’est donc que cette maladie ? Appelez-la comme vous voudrez : une maladie à la mort par exemple, à la manière de Kierkegaard, ou, mélancolie, dépression, effondrement… J’ajouterai que, peut-être, la chose principale, c’est le mauvais goût, la mauvaiseté du goût, la malignité. Tout cela est d’ailleurs tout à fait constatable à chaque instant dans la vie publique – la vie médiatique, la vie internationale et surtout la vie économico-politique -, mais il y a aussi une malignité interne, un vouloir le mal, ou un vouloir la punition interne, ou un vouloir la servitude interne, ou un vouloir l’échec interne, ou un vouloir mourir, tout simplement, parce que c’est de cela qu’il s’agit, nous sommes très au-delà même d’une pulsion de mort.
173 - Donc, il y a une maladie. Et cette maladie est due au fait qu’on se trompe sur des questions essentielles : le bien et le mal, la vie et la mort, ou encore la folie. Bien sûr, on en finit vite avec Nietzsche, puisque son effondrement permet de liquider le problème sans avoir à se soucier de ce qu’il aura dit dans ce moment d’extraordinaire santé, comme il y en a eu peu au monde, qu’il a connu juste avant l’effondrement de Turin…Ce qui est extrêmement frappant, c’est le temps de Nietzsche : les quatre ou cinq dernières années de sa vie consciente, comme dit pudiquement Heidegger, sont d’une créativité, d’une fécondité dans la création tout à fait extravagantes.
172 - Mais revenons à la maladie. Elle est profonde. Elle va même jusqu’à se tromper sur la façon dont les cellules fonctionnent (car il y a un fondement biologique ; la vie est la négation d’une négation ; vous êtes censés être soumis à vos cellules qui sont là pour se suicider). L’histoire de la religion, ou de la philosophie qui lui succède comme cléricature, se termine. Et elle se termine dans une décomposition absolument virulente. Dieu n’est pas mort mais il se décompose, ou alors Dieu est mort mais sa décomposition n’en finit pas, et infecte ce qui se prétend humain et qui l’est toujours trop pour traiter sa propre maladie. (L'ÉVANGILE DE NIETZSCHE, Éd.Le cherche midi, 2006)
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